Les Souvenirs de la glace - Le Livre des Martyrs, tome 03 / Steven Erikson

Couverture livre - critique littéraire - Les Souvenirs de la glace, tome 3 du Livre des Martyrs de Steven Erikson

Récit

Le continent ravagé de Genabackis a donné naissance à un nouvel empire terrifiant : le Domin de Pannion. Telle une marée de sang corrompu, il dévore ceux qui refusent de se soumettre à la sainte parole de son tyran fanatique. Pour l'affronter, l'Ost de Dujek Unbras et les Brûleurs de Ponts de Mésangeai et de Ganoes Paran devront forger une alliance avec leurs vieux ennemis : les forces du seigneur de guerre Caladan Rumin, les Tistes Andii d'Anomander Rake et les Rhivis des plaines

Mais ce ne sont pas les seuls événements qui se trament.
Les clans T'lan Imass se sont également réveillés, répondant à l'appel de l'antique rassemblement qui scellera leur destinée.
Dans l'ombre, une infection se propage, corrompant les garennes, souillant la chair de Brûle, la Déesse Endormie elle-même.
À Morn, une déchirure écarlate porte la trace du Chaos, promesse d'une effroyable renaissance.

Et partout l'on raconte que le Dieu Estropié, désormais libéré de ses chaînes, chercherait à assouvir son impitoyable vengeance...

Impression

On attaque enfin un tome inédit en français... et donc inédit pour moi.

Allez hop, en voiture pour ce troisième tome qui prend sa place directement après le premier tome. On y retrouvera donc tous les protagonistes du premier tome, Kalam, Violain, Apsalar et Crockus en moins évidemment, puis qu'ils ont à faire à Sept-Cité (cf. le second tome).

K’Chain Che’Malle battaillant contre des T'lan Imass

Dans ce tome, nos protagonistes sont réunis face à un adversaire commun : le Domin de Pannion qui lève ses armées et semble prêt à ravager le continent.
D'ailleurs les anciens ennemis des Jardins de la Lune sont pour le coup réunis sous la même bannière face à cet ennemi.
Vous je ne sais pas, mais moi, voyant cela, ça sentait quand même la situation plus complexe qu'il n'y parait.
Parce que mine de rien, réunir Dujek, Mésangeai et les Brûleurs de Ponts d'un côté, avec Caladan Rumin, les Tiiste Andii et Anomander Rake de l'autre sous une même bannière, on sent bien que c'est pas fait par simple plaisir.
Et pour le coup, pas de doute, on est bien servi.

Plaine de Morn

On retrouve donc beaucoup de personnages introduits dans les Jardins de la Lune (y compris mon bon ami Kruppe - joie), ainsi qu'une palette de nouveaux personnages, tous très bien décrits avec leurs personnalités et leurs objectifs. Steven Erikson faisant ici montre de son imagination fertile en nous offrant de nouveaux protagonistes, sans redondances avec ceux déjà décrits.

On accède aussi à beaucoup d'explications.
Côté histoire du monde, on a ainsi le droit à des plongées de plus de 300 000 ans dans le passé où on peut voir à l'œuvre la formation d'anthropologue et archéologue de l'auteur dans ses descriptions et la densité des événements relatés. Le world-building y est particulièrement mis en exergue, tant sur le côté densité et « vraisemblance » (pour un univers dark-fantasy s'entend) que pour son utilisation dans les évènements contemporains de l'histoire.

Côté intrigues, on a aussi beaucoup d'explications qui tombent. Parfois mouchetées au fil de l'intrigue, parfois comme un barrage qui cède, nous faisant revoir complètement la situation telle qu'on croyait la connaître.
Et le pire ? C'est que malgré cette avalanche d'explications, ces dernières soulèvent plein de nouvelles questions, et renouvelle pleinement la géopolitique - et ce sans qu'on ait l'impression d'assister à la venue d'un deus ex machina.

Bataille de Capustan

Côté scénario, dans les précédents tomes, nous avions pu apercevoir les missions d'infiltration des Brûleurs de Pont du tome 1, les escarmouches et batailles d'usure du tome 2, ici, on va avoir de la bataille de siège. De la bonne boucherie qui vous met les tripes à l'air, dans tous les sens du terme.
Les batailles décrites sont « sublimes », les atmosphères étouffantes... Et de fait, on retient son souffle pour savoir comment tout cela va se terminer.

Car, on le voit bien avec Erikson, rien n'est jamais ce que l'on croit vraiment être, et même les dieux peuvent y laisser des plumes dans ces mouvements sur l'échiquier géopolitique de Genabackis.

Enfin, en aparté et pour couronner le tout, une sublime couverture vient parachever cette œuvre.

Je ne parlerai pas plus précisément des différents personnages, tant en parler risquerait de spolier une partie de cet opus, ce qui serait une grave atteinte au plaisir de sa lecture.

Note

Un 20/20 pour ce tome.
Ce tome manie l'épique avec maestria. Et qui plus est, sous une autre forme que le précédent tome qui était un chef-d'œuvre du genre.
Ce tome est très facile d'accès, se laissant lire encore plus facilement que les deux premiers opus (connaître une bonne partie des protagonistes aide il est vrai).

Outil T'lan Imass, Toc-le-jeune et Baaljagg

La découverte de l'univers continue de nous surprendre et est toujours un régal. Les intrigues se dénouent mais d'autres se nouent et l'ensemble se mélange pour recomposer le paysage que l'on a sous les yeux. Difficile de ne pas être subjugué par ce jeu d'intrigues, toujours au service de l'histoire et qui ne tombe jamais de rien.

Au final, je ne peux que vivement vous encourager à découvrir cette saga et ce tome. Du plaisir à l'état pur. Un cycle difficile à entamer car l'auteur ne prend pas le lecteur par la main, mais qui vaut pleinement l'investissement de s'y mettre dedans.

Complexe, riche, et ô combien bien construit. Continuez avec moi dans ce superbe univers !

Série : Le cycle malazéen

Le livre des Martyrs

  1. Les Jardins de la Lune (avis)
  2. Les Portes de la Maison des morts (avis)
  3. Les Souvenirs de la glace (avis)
  4. La Maison des chaînes (non lu)
  5. Les Marées de minuit (prévu 2020)
  6. Les Osseleurs (prévu 2020)
  7. Le Souffle du Moissonneur (prévu 2021)
  8. La Rançon des Molosses (prévu 2021)
  9. Poussières de rêves (prévu 2022)
  10. Le Dieu estropié (prévu 2022)

Novels of the Malazan Empire

  1. [Night of Knives (non traduit)]
  2. [Return of the Crimson Guard (non traduit)]
  3. [Stonewielder (non traduit)]
  4. [Orb, Sceptre, Throne (non traduit)]
  5. [Blood and Bone (non traduit)]
  6. [Assail (non traduit)]

Path to Ascendancy

  1. [Dancer's Lament (non traduit)]
  2. [Deadhouse Landing (non traduit)]
  3. [Kellanved’s Reach (non traduit)]

The Kharkanas Trilogy

  1. [Forge of Darkness (non traduit)]
  2. [Fall of Light (non traduit)]
  3. [Walk in Shadow (en cours d'écriture)]

The Witness Trilogy

  1. [The God is Not Willing (à paraître)]

Tales of Bauchelain and Korbal Broach

  1. [Blood Follows (non traduit)]
  2. [The Healthy Dead (non traduit)]
  3. [The Lees of Laughter's End (non traduit)]
  4. [Crack’d Pot Trail (non traduit)]
  5. [The Wurms of Blearmouth (non traduit)]
  6. [The Fiends of Nightmaria (non traduit)]


L'Éveil - Nephilim : Intégrale, tome 2 / Fabien Clavel

Couverture livre - critique littéraire - Nephilim, intégrale, tome 2 : l'Éveil

Récit

À Rome, Léonidas, alchimiste et prêtre, est confronté à la disparition de jeunes séminaristes. Le Vatican le charge de l'enquête mais la venue de Keszhiv, superbe peintre à la peau d'ébène, n'est-il pas le signe que des forces souterraines et puissantes menacent de se réveiller ?

Dans les brouillards de Londres, l'heure du rassemblement a sonné, chacun des Immortels se dirige vers l'ancienne cité. La jeune Ar-Kaïm Nej tente de se faire une place au sein de l'Hepta mais ses membres restent méfiants et les dissensions internes mettent en péril leur alliance. Pourtant, la fin de leur quête est proche, ils possèdent enfin l'artefact de Lathil capable de guérir Alvó. Leurs ennemis héréditaires les Rose+Croix sentent que de grands bouleversements se préparent et n'ont jamais été aussi acharnés à leur traque.

Ce second volume contient Les Dracomaques et L'Effet Orphée, ainsi qu'un épilogue inédit qui boucle enfin la saga entamée il y a dix ans.

Impression

Suite de la première intégrale et regroupant les tomes Les Dracomaques et l'Effet Orphée. Les Dracomaques raconte globalement une histoire indépendante des précédents tomes (bien que chronologiquement après les 2 premiers) tandis que L'Effet Orphée lui voit se réunir l'Hepta.
La lecture des précédents tomes y est dès lors un préalable particulièrement conseillé.

Pour le glossaire concernant les différents types d'êtres magiques que nous rencontrons, je vous redirige vers ma chronique du premier volume.

Les Dracomaques

Les Dracomaques nous permet de découvrir les 2 derniers membres de la fraternité de l'Hepta, à savoir Léonidas, hydrim et alchimiste, et Keszhiv, onirim et ancienne élève alchimiste de Léonidas, et actuellement dracomaque, c'est-à-dire chasseuse d'effets dragons.
Les effets dragons sont des créatures magiques issues directement de la perturbation des champs magiques et les dracomaques une organisation Nephilim en charge de les réduire au silence.

On poursuit la découverte des membres qui constituent la fraternité de l'Hepta tout en suivant les actions effectuées par les Rose+Croix dont les objectifs sont à la fois au cœur du livre, mais dont les raisons restent assez obscures.

Les personnages de Léonidas et Keszhiv sont très bien posés, même si clairement, on a envie de baffer et de rabattre le caquet de Léo qui est tellement imbu de sa supériorité (et pour changer d'Ezekiel, cette supériorité est principalement dirigée envers les autres Nephilim, ça change, mais les baffes se perdent toujours).
On y suit Léo, chargé d'enquêter sur la disparition de membres du clergé ainsi que la quête de Keszhiv, venue ici pour détruire un effet dragon qui fait parler de lui.

Évidemment, les affaires sont un peu plus liées qu'il n'y parait de prime abord, et rien n'est vraiment ce qu'il parait non plus.
Ce tome mêle donc ésotérisme, enquête policière et action dans un mélange bien dosé puisqu'on ne s'y ennuie pas, et qu'on continue à découvrir la fraternité de l'Hepta, ainsi que le pourquoi de l'éclatement de cette dernière.

L'ensemble reste agréable, mais sans grande prétention. Le principal intérêt étant de découvrir le pourquoi l'Hepta est dispersée et de découvrir les 2 derniers membres qui la constituent.

L'Effet Orphée

Concernant la seconde partie, celle-ci est plus prenante dans le sens où quasiment l'ensemble de l'Hepta est réuni, ce qui amène d'une part l'ajout d'histoires sur la fraternité, mais aussi d'un certain nombre d'interactions entre les personnages.
En effet, il apparaît clairement que même si ne pas être ensemble leur manque, être ensemble est assez... explosif. Entre les pas clairs, les chefaillons, les hautains et les puérils, on a tout ce qu'il faut pour commencer une classe de maternelle, option enfants gâtés.

Par ailleurs, leur objectif quant à traiter le mal qui ronge le dernier membre de l'Hepta semble à portée de main... tout comme la vengeance pour les Rose+Croix.
Un bon mélange bien détonnant et qui procure du plaisir, si ce n'est qu'on a parfois envie de se taper la tête quand on voit comment les Nephilim se comportent. De vrais mômes, et du coup, on comprend pourquoi ils ne dominent pas le monde ces Sept-là même avec leurs pouvoirs.

Enfin, on a le plaisir de retrouver le personnage de Nej, toute jeune immortelle, traitée comme un bébé par les autres, alors qu'elle démontre une maturité plus évidente.
Dommage qu'on n'assiste pas à l'épanouissement de ses capacités magiques - cela aurait fait un bon contrepoint à ce que savent faire les membres de l'Hepta et les Rose+Croix.

L'artéfact de Lathil

Cet épilogue, court mais intense, permet de clôturer l'arc narratif de la fraternité de l'Hepta ainsi que la vengeance de l'Imperator des Rose+Croix.
De plus, je trouve cette clôture très bien inspirée, c'est-à-dire que le final permet d'équilibrer pas mal de choses... ce qui est dans la nature même des champs magiques n'est-il pas ?
Ainsi la boucle est bouclée, fraternité et vengeances assouvies... et la vie repart de nouveau. Une fin ésotérique en soi donc.

Note

Un 15/20 pour ce livre, décomposé en 13 pour Les Dracomaques, 15 pour l'Effet Orphée et 17 pour L'artéfact de Lathil, l'épilogue.
Sans être un must-have, cette série permet de se plonger dans la vie de Nephilim presque au quotidien. C'est donc un bon ajout pour ceux qui veulent se plonger dans l'univers du jeu de rôle. Une série sympathique in fine.

Série : Nephilim

  1. Nephilim, intégrale tome 1 : Les Déchus (avis)
    1. Le Syndrome Euridyce
    2. Anonymus
  1. Nephilim, intégrale tome 2 : L'éveil (avis)
    1. Les Dracomaques
    2. L'Effet Orphée
    3. L'Artefact de Lathil
  1. Les Vélins Carminae (non lu)
  2. Le Chant de la Terre (non lu)

Les Déchus - Nephilim : Intégrale, tome 1 / Fabien Clavel

Couverture livre - critique littéraire - Nephilim, intégrale, tome 1 : Les Déchus

Récit

Ils sont sept Nephilim à arpenter la Terre depuis l'aube de l'humanité, formant la fraternité de l’Hepta.
Immortels, ils sont liés aux cinq éléments : l’eau, l’air, la terre, le feu et la lune.
Déchus, ils recherchent leur savoir perdu et poursuivent une quête mythique, l’Agartha.
Traqués, ils fuient ceux qui veulent les détruire, les Rose+Croix.

Dans ce premier tome réunissant Le Syndrome Eurydice et Anonymus, Fabien Clavel narre le destin d’une poignée de ces Immortels.

Le Syndrome Eurydice :
À Paris, Jennifer, étudiante à la Sorbonne, sombre lentement dans la folie et la paranoïa. Victime de troubles hallucinatoires depuis son adolescence, elle se croit poursuivie par un mystérieux clochard roux. Après la découverte de trois cadavres bizarrement mutilés non loin de l'université, un jeu de piste aberrant parsemé de pièges et de faux-semblants l'entraîne dans une lente descente aux enfers... Délire schizophrénique ou impensable réalité ?
En équilibre sur la frontière ténue qui sépare la folie du surnaturel, Fabien Clavel détourne les mécanismes du polar traditionnel au service d'une captivante initiation à l'univers occulte des Nephilim.

Anonymus :
À Budapest, des jeunes femmes au corps atrocement mutilé sont retrouvées dans le parc Varosliget. La glaciale Ezechiel, inspecteur de police chargée de l’enquête, ne peut croire que ces meurtres sont l'œuvre d’Azarian, sulfureux chanteur de métal en tournée en Hongrie. Pourtant, tous les indices portent à croire qu’il y est lié.

Des sous-sols du métro parisien aux rues enneigées de Budapest, de vieux amis se retrouvent, des forces nouvelles s’éveillent, mais l’ennemi est déjà à l’affût. Et la grande chasse ne fait que commencer !

Impression

Ayant participé au foulancement du jeu de rôle Nephilim Légende, je m'introduis dans l'univers des Nephilim à travers ce premier tome de l'intégrale qui contient de fait la réunion des 2 premiers tomes initiaux à savoir Le Syndrome Eurydice et Anonymus qui racontent chacun une histoire indépendante mais qui s'insère dans la trame de personnages appartenant à une même fraternité d'immortel, la fraternité de l'Hepta.

Pour la compréhension de l'univers, nous suivons principalement :

  • Des Nephilims : créatures magiques immortelles composées d'un assemblage de 5 énergies d'éléments, appelées Ka-éléments, qui pour survivre à leur dissolution dans les flux magiques (la narcose) doivent s'incarner dans un corps humain.
    Cette incarnation oblitère complètement la personnalité du propriétaire du corps, même si le Nephilim a accès à l'entière mémoire (et les compétences) de la personne qu'il possède - ainsi qu'à ses propres connaissances et souvenirs.
    Fun fact : les humains sont les responsables de la déchéances (le fait qu'ils doivent parasiter les humains) de ces êtres magiques originels (appelés Kaim avant cette déchéance).
    Chaque Nephilim a un Ka-élément dominant qui va caractériser pour beaucoup leur caractère. Ce sont les :
    • Faerim : Nephilim gouverné par l'élément Terre (résistance, indépendance, rusticité, solitude) dont Wag est un représentant.
    • Pyrim : Nephilim gouverné par l'élément Feu (violence, force, action) dont Hærès est un représentant.
    • Onirim : Nephilim gouverné par l'élément Lune (rêverie, filouterie, instabilité, double-jeu) dont Azarian était un représentant avant sa malédiction.
    • Éolim : Nephilim gouverné par l'élément Air (réflexion, inaccessibilité, hautain, étude) dont Ezkiel est un représentant.
    • Hydrim : Nephilim gouverné par l'élément Eau (adaptabilité, force qui cache son jeu) - pas de représentant dans ce premier tome.
  • Des Sélénims : Anciens Nephilims qui ont vu leur Ka-lune être corrompu en Ka-lune noire (pour différentes raisons). Ils sont les représentants de l'élément (la Lune Noire) lié à la mort et la duperie (le lien avec la Lune se retrouve).
    Contrairement aux Nephilims, ils conservent à vie (sic) le dernier corps qu'ils possèdent. Ils deviennent de fait peu sensible aux autres Ka-éléments mais pour survivre se nourrissent des sentiments forts des produits par les humains - et principalement les émotions négatives.
  • Des Ar-kaim : nouveaux types d'être magiques qu'on découvre dans le livre.

Le Syndrome Eurydice

Ceci étant posé, nous allons dans Le Syndrome Eurydice, suivre Nej, jeune étudiante en crise psychiatrique et Weg, Nephilim cherchant à terminer une quête qu'il a commencée il y a 150 ans environ.
On découvre au fur et à mesure à la fois l'existence de ces êtres magiques et immortels, ainsi que certains de leurs opposants à travers la recherche de l'accomplissement de cette quête qui se rapproche d'un policier mais sur une thématique ésotérique (même si la composante est tout à fait accessible).

Les personnages de Weg et Nej y sont très bien posés. On apprend à les connaître avec délectation, notamment leurs failles respectives, et leur quête est, de mon ressenti, moins intéressante que leur découverte mutuelle. Hærès est moins accessible (normal pour un Pyrim), mais donne un bon contrepoint à la découverte des 2 personnages principaux, leur donnant par contraste plus de profondeur.

L'écriture y est sobre, sombre et fluide, donnant une certaine neutralité à ce récit, et lui donnant plus de corps, bien que traitant de créatures magiques dans notre monde contemporain à nous.

Un autre point sympathique, c'est que le récit se passant dans les années 2000, dans notre monde, on se reconnait bien dans le récit, et si vous connaissez Paris, on se voit vivre l'aventure dans les ruelles qu'on a déjà parcourues.

Anonymous

Concernant la seconde partie, celle-ci est moins prenante.
On continue avec une écriture sombre, sobre et fluide. Le cadre change, mais reste toujours aussi prenant.
Le personnage d'Azarian (Sélénim de son état) est intéressant, beaucoup plus proche des humains que les Nephilims.

Par contre le personnage d'Ezekiel (Éolim) m'a profondemment ennuyé.
Certes son attitude hautaine n'aide pas à s'identifier au personnage. Mais ce que je lui reproche c'est plus son attitude, qui au-delà d'hautaine, est clairement navrante en termes de réflexion. Elle, qui est censée représenté les Nephilims réfléchis, ses actions ressemblent plus à la va comme je te pousse.
Pas besoin de se renseigner avant de foncer dans un plus que probable piège.
Pas besoin de réfléchir au fait que ses actions vont forcément avoir des conséquences...

Ajoutons à cela qu'autant à Paris, les Rose+Croix étaient au taquet pour réussir à repérer les Néphilims, autant ceux présents à Budapest sont totalement aveugle pour louper le comportement totalement inhumain d'Ezekiel - à mon sens bien plus significatif que celui d'Azarian qui n'est pourtant pas d'une subtilité violente.
C'est dommage car autant à Paris on sentait que les Nephelims avaient besoin de la jouer un minimum finaude, autant à Budapest, c'est quartier libre.

Note

Un 16/20 pour ce livre, décomposé en 18 pour Le Syndrome Eurydice et 14 pour Anonymus qui n'a clairement pas la même ampleur que la première partie, même si l'histoire en elle-même n'est pas mauvaise.

Je vais en tout état de cause continuer la lecture de cette série, ne serait-ce que parce qu'il s'agit d'une très bonne introduction au monde des Nephelim. En effet, il n'est nul besoin de connaître l'univers pour le lire, même si en avoir les codes permet de mieux contextualiser certaines scènes.

Série : Nephilim

  1. Nephilim, intégrale tome 1 : Les Déchus (avis)
    1. Le Syndrome Euridyce
    2. Anonymus
  1. Nephilim, intégrale tome 2 : L'éveil (avis)
    1. Les Dracomaques
    2. L'Effet Orphée
    3. L'Artefact de Lathil
  1. Les Vélins Carminae (non lu)
  2. Le Chant de la Terre (non lu)

Le Xéol - Le cycle d'Alamänder, tome 3 / Alexis Flamand

Couverture livre - critique littéraire - Alamänder - Le Xéol

Récit

Vous pensez tout savoir de la Fantasy ? Quelle erreur ! Partez donc pour Alamänder !
Encore vous ?
Décidément, vous cherchez les ennuis.

À bord du Locust, énorme vaisseau filant à travers le champ carnivore, Jon et ses compagnons sont engagés dans une course poursuite contre Vilo, le savant en bocaux. Sur leur route, les obstacles s’accumulent et risquent de changer à jamais la face d’Alamänder.
En première ligne, les sinistres Xéols choisissent après toutes ces années de révéler leur vraie nature.
Yamataëh, rival titanesque d’Anquidiath, décide lui aussi d’entrer dans la danse.
Enfin, les Mehnzotains spéculent sur la fragilité du royaume et lancent leur puissance thaumaturgique à l’assaut de la capitale.

Le tome 3 d’Alamänder voit l’horizon s’assombrir. Les enjeux se précisent, les héros malmenés par les forces en présence tentent de tirer leur épingle du jeu dans un univers original mêlant intrigues, action et créatures étranges, sans oublier une bonne dose d’humour.
Comme les précédents, le présent ouvrage peut être la cause de perturbations physiques et mentales. Ne venez pas vous plaindre ensuite.

Impression

Voici le troisième tome du cycle d'Alamänder.
Toujours dans la suite des premiers tomes, ce roman prend toujours le contre-pied des canons de la Fantasy en développant de nouvelles étrangetés spécifiques au monde d'Alamänder en plus de celles déjà développées dans les 2 premiers opus.
Ainsi poulpes géants, céréaliers-guerriers, blé carnivore et autres joyeusetés vous attendent à la lecture.

Dans le précédent tome, nous avions découvert Ker Fresnel, capitale du Kung-Bohr et son fonctionnement quelque peu particulier.
Et bien voilà que les mehnzotains s'en vont à son attaque, ce qui risque particulièrement de changer la physionomie de la capitale.

Cette fois-ci, on est moins dans la découverte du monde que l'action.
Ker Fresnel est attaquée, et les découvertes sur le monde d'Alamänder se font principalement in media res. Cela dit, beaucoup de chose en ressortent en termes de world-building, ce qui est particulièrement intéressant : j'ai personnellement plus suivi l'action pour découvrir les nouvelles étrangetés de ce monde que pour l'attaque elle-même (même si elle reste dans les mémoires).

Le rythme de ce livre est donc en toute logique haletant, même si la gestion de l'action est elle-même détournée par le côté loufoque de nos bons kung-bohriens, mais pas que, puisque les Xéols nous offrent aussi de jolies (sic) surprises.

En tout état de cause, c'est une belle histoire qui nous est conté, mais par contre on sort quelque peu de la partie enquête de notre questeur.
Mais on ne change pas les habitudes qui gagnent, Jonas est toujours présent à l'insu de son plein gré, mais pas pour les mêmes raisons. Ça ravira sans doute celles et ceux qui comme moi aimons à voir notre questeur essayer de se débattre avec les loufoqueries... euh réalités... de ce monde.

Retzel, notre adorable démon, est toujours de la partie, à savoir agaçant, insaisissable et adorable, même s'il ressort de ce tome qu'il pourrait être bien plus que ce qu'il semble être. Cela ne peut que présager de bonnes perspectives.

L'histoire de la fondation des T'Sank se complète, même si j'y ai trouvé un rythme bien trop lent, ce qui a tendance à rendre cette partie là bien moins palpitante alors qu'elle est une clef importante à la trame principale de la saga.
C'est dommage et nuit à l'ensemble je trouve.

Côté intrigues, pas grand-chose à se mettre sous la dent. On est plus au niveau de renversements de situation liés aux aléas de la guerre, et la partie intrigue, même si toujours sous-jacente, laisse le pas à l'action ce qui est un brin dommage. Toutefois l'ensemble laisse présager que les intrigues seront de retour en force prochainement. Je compte sur le sadisme de l'auteur pour ça.

Enfin, un des traits caractéristique de ce livre, l'humour, est toujours aussi omniprésent dans ce livre. Tout en réussissant à ne jamais être en avant plan et à ne pas étouffer l'histoire, le fonctionnement de ce monde fournit toujours des explications tout à fait convaincantes pour ce qui est de la raison d'être de ces loufoqueries. Un must donc.

Un petit bémol toutefois lié à ce que j'appellerai un deus ex machina, qui même s'il est introduit depuis le début du livre, est à mon sens un poil trop puissant pour ne pas me faire tiquer.

Au final, un poil moins conquis que par les deux premiers opus, mais toujours conquis quand même. La lecture de cette saga est donc toujours conseillée, car malgré quelques points en retrait, on reste sur du très bon.

Note

Un 16/20 pour ce livre. Un monde décalé, fouillé et qui se tient.
De l'humour savamment dosé, qui est à la fois présent quasiment tout le temps, mais qui s'intègre dans l'univers comme étant naturel.
De l'action bien traitée mais un retrait sur les intrigues croustillantes.

Toutefois, on sent que le monde ne s'en tiendra pas là (le fil rouge de Vilo n'étant pas terminé et prenant clairement de l'importance) et que la suite saura fournir du fil à retordre.

Série : Alamänder (Le cycle d')

  1. Le T'Sank (chroniqué)
  2. Le Mehnzotain (chroniqué)
  3. Le Xéol (chroniqué)
  4. Le YArkanie (non lu)
  5. La Nef Céleste (non lu, nouvelle édition comprenant le 5ème tome ? (entre autre))


Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m'égarer / Karim Berrouka

Couverture livre - critique littéraire - Pourquoi dans les grands bois de Karim Berrouka

Récit

Marc-Aurèle Abdaloff et Premier de la Classe sont sur une nouvelle affaire : envoyés dans les monts d’Arrée, ils doivent enquêter sur de curieux meurtres perpétrés à l'épée par un homme accompagné d'une armée d'écureuils sanguinaires.

Impression

Ayant déjà lu Fées, weed et guillotines du même auteur, j'ai entamé la lecture de cette nouvelle vu qu'elle se passe dans le même espace-temps (on fait suite au premier tome, même si ça n'a qu'une importance mineure : le groupe d'enquêteur est juste déjà réuni et se connait), d'autant plus que le titre, comme bon nombre de ceux des ouvrages de cet auteur, m'a bien plu.
Cette nouvelle met donc en scène une enquête à réaliser suite à la découverte macabre de plusieurs macchabées, découpés en morceaux à l'aide d'une arme médiévale (l'épée), ainsi que le témoignage d'une survivante parlant d'une attaque d'écureuils.
Et globalement, si le thème de cette enquête est bien barré et assez drôle, ça ne s'arrête que là.
Je n'ai pas pu retrouver l'humour du tome que j'ai lu... Enfin si en fait, mais celui du « creux » du précédent opus.
Et comme sortie de la situation coquasse, on rit plus jaune que franchement, et bien ça veut pas vraiment.
Nouvelle oblige (j'imagine), l'auteur a réduit (très) fortement le côté psychologique. Alors oui, dans une nouvelle, on n'a pas de place pour pondre un personnage bien brossé (encore que), mais là, on a vraiment à faire à des personnages en carton-pâte.
Et cela est encore pire quand on connait les personnages dépeint dans Fées, weed et guillotines (qui pour le coup étaient dépeints hauts en couleurs).
Ça fait plus que gâcher l'ouvrage...

Note

Un 09/20 pour ce livre.
Pour finir la situation amuse les 5 premières minutes... puis lasse, et rien ne permet de faire éclore un intérêt manifeste.
Cela dit, ne vous y trompez pas, je pense que c'est principalement le côté nouvelle qui a nuit tant Fées, weed et guillotines, sans être parfait, était une vraie tranche de rigolade.
Bref, ne tenez pas ce texte comme représentatif des écrits de l'auteur, et à tout le moins, passez votre chemin sur cet ouvrage (même pour un prix aussi modeste que celui-là).

Les Portes de la Maison des morts - Le Livre des Martyrs, tome 02 / Steven Erikson

Couverture livre - critique littéraire - Les portes de la maison des morts, tome 2 du Livre des Martyrs de Steven Erikson

Récit

Deuxième tome de la saga épique de Steven Erikson, Les Portes de la Maison des morts nous emmènent sur le vaste continent de Sept-Cités, au cœur du Saint-Désert de Raraku où l'oracle Sha'ik rassemble son armée pour une rébellion des plus sanglantes : un maelström de fanatisme et de férocité qui façonnera des destinées et enfantera des légendes...

Félisine, la plus jeune fille de la Maison Paran, tombée en disgrâce, rêve de vengeance dans les mines d’Otataral.

Pendant ce temps, le sapeur Violain et l'assassin Kalam, deux Brûleurs de Ponts devenus hors-la-loi, se sont fixé comme mission de ramener la jeune Apsalar chez elle et, ce faisant, de confronter l'Impératrice Laseen.

Tandis qu’à Hissar, Coltaine, commandant de la 7ème Armée de Malaz, s'apprête à lancer ses fidèles Wickiens et ses troupes dans une ultime bataille pour sauver les populations jetées sur les routes par le chaos de la rébellion.

C’est ce moment que choisissent deux vagabonds séculaires pour revenir : Mappo le Trell et son compagnon Icarium de demi-sang Jaghut, porteurs d'un secret dévastateur qui menace de rompre ses chaînes à tout instant...

Avis de non objectivité (bis repetita)

Il s'agit de ma troisième lecture de ce tome, donc autant annoncer la couleur de suite : ce livre, c'est de la bombe. Achetez-le, lisez-le, vivez-le ! Faites vous happer par ce récit plein de magie et de fureur.

Bon promis, c'est la dernière fois que je vous fais le coup, pour les prochains, j'attends la traduction en VF depuis plus de 10 ans, donc ça sera (enfin ?) de la critique objective... Enfin objective dans le sens où je ne suis pas sûr de la note à mettre avant lecture hein. Je suis sûr que ça va me plaire.

Un poil excessif ? Vous doutez encore après avoir lu ce premier tome suite à ma première chronique ? Ah que voilà un esprit chagrin ! Et bien pas plus qu'avant, si ce n'est que ce tome est réputé mieux plaire que le précédent.
À titre personnel, je le trouve mieux construit, mais moins plaisant que le
premier. Cela dit, c'est purement cosmétique, vu que je note pas au centième de point.

Impression

Traduction

Concernant la traduction, ce second tome a été traduit pas un traducteur différent du premier tome. Même si une homogénéisation a été réalisé, il apparaît ça et là des différences.
Cela dit, ces variations, sans doute en partie liées à ce changement de traducteur (ils sont 2 à se répartir les 10 tomes de la saga), sont à mon avis principalement lié au changement d'écriture de l'auteur.
En effet, autant le premier tome a été écrit initialement comme base d'un script pour un film, ce dernier n'a pas du tout été conçu avec cette perspective. Ça et le fait que le temps aidant, l'auteur a évoluer aussi dans sa technique d'écriture.
Bref, en tout état de cause, rien ne m'a particulièrement choqué à ce sujet.

Côté coquilles et fautes, il y en a sans aucun doute, mais clairement rien qui ne me fasse regretter ou qui ne vienne gâcher cette lecture.

Pour les termes employés, hormis le « Yep » qui peut s'expliquer dans la bouches des originaires de Sept-Cités, j'ai effectivement eu un peu de mal avec sa fréquence d'emploi, y compris par des personnages qui n'avaient pas nécessairement besoin de l'employer - rapport à leurs origines.
Cela étant dit, c'est pas non plus le point le plus important du récit vous en conviendrez.

Un mot qui m'a paru bizarre au premier abord, est l'emploi du verbe « aspecter » (et de ses dérivés). Ça fait bizarre, cela dit, comme l'utilisation de ce mot se fait en rapport de tout ce qui est impacté, modifié ou mis en œuvre par une garenne de magie, au final, je trouve que ça permet d'établir un vocable associé à l'utilisation de la magie.
Je trouve ça dérangeant à la lecture, mais quelque part, ça permet aussi de mettre un aspect dérangeant dès lors que la magie intervient ce qui n'est pas totalement hors de propos dans le cadre du récit.

En un mot comme en cent : la traduction est tout à fait acceptable (si ce n'est plus - je ne suis pas expert du domaine) et ne m'a pas semblé dénaturer le texte d'origine. Bref, passez oûtre des éventuels commentaires bloquant sur le sujet, même s'ils peuvent être fondés pour certains, ils n'en reste pas moins que l'objectif de nous fournir une belle histoire dans la langue de Molière sans trahir l'auteur est atteint.

Une lecture moins filante

Un dernier point, et non des moindres, c'est que, comme pour le premier tome, un comparatif par rapport à l'édition précédente fait toujours apparaître l'abscence de séparations mises en place lorsque, au sein d'un même chapitre, on change d'acteur, de lieu ou de temps.
Croyez-le ou non, mais dans les anciennes éditions, rien ne séparait physiquement ces changements si ce n'est un saut de paragraphe. Au lecteur de prêter attention et de resituer les éléments lors de leur lecture (et je vous dis pas quand le changement se passait... vers la fin d'une page).
Dans la nouvelle édition, ces changements de points de vue narratifs sont marqués par une triple astérisque.
Si vous voulez voir ce que ça donne en comparaison... Mais c'est pas beau à lire (exemple issu du premier tome - mais c'est identique pour ce second tome).

Couverture

Côté couverture, on est de nouveau servi de manière exceptionnelle par monsieur Simonetti qui s'arrange pour pondre une superbe couverture. Magique et pleinement en conformité avec l'image que je me faisait de la scène.

Il est toutefois assez drôle de voir que la couverture ne s’appuie pas du tout sur la scène montrée par la version américaine, qui elle représentait la rébellion de Sha'ik et la voie des Mains, ni même sur le titre du tome puisque ce n'est pas la Maison des morts qui est représentée.
Et j'avoue que je serai interessé de savoir pourquoi cette scène-là entre toute a été choisie.
Dans tous les cas, j'ai clairement été séduit par cette couverture.

Scénario

Contrairement à l'opus précédent, l'histoire va ici moins s'attacher à des groupes de personnage, mais plus à l'histoire d'un continent, Sept-Cités, et par là des différents groupes qui le parcourent pendant la rébellion de Sha'ik.
Car changement de secteur, l'histoire se déroule sur le continent de Sept-Cités, chronologiquement après le tome 1 (et en même temps que le tome 3).
On va donc avoir un fil rouge bien plus conséquent, à savoir ici la rébellion de Sha'ik et la chaîne des Chiens de Coltaine, ainsi que les différents événements qui s'y raccrochent.

Côté histoire, c'est une histoire épique, une histoire tonitruante, une histoire à couper le souffle fait d'impossibles possibles en ode à la ténacité de l'Homme (pour le meilleur et pour le pire) qui nous est servie.

Des combats à couper le souffle, mais aussi des huis-clos psychologiques (ou psychotiques) et toujours, toujours, des histoires dans les histoires.
Les intrigues politiques, même si plus éloignées et moins au centre du récit, restent présentes et apportent leurs lots de stratégies à tiroirs et de traîtrises qui jaillissent à point nommé à l'encontre des différents partis.

Et toujours, quel amusement, quel plaisir que de voir un détail précédemment remarqué prendre forme ? Quel plaisir de voir remettre en question des scènes vécues plus tôt... et ouvrir des possibilités immenses. Sans parler des remises en question de fond qui apparaissent au fil des pages.

Et puis ce récit apporte aussi de quoi tourmenter nos nuits en nous fournissant de quoi échafauder des hypothèses pour le futur.

Par exemple, en spoiler une théorie qui, n'est pas un spoiler en soi car je ne sais pas si je vise juste ou non, mais basée sur des éléments qui proviennent du récit. À ne lire qu'après lecture du livre donc (ça vous donnera une raison de revenir sur ma chronique !).

Par exemple, la rencontre avec le prêtre Tanno qui engage tant de conséquences. Non seulement dans le déroulement du récit - que vous découvrirez en tant et en heure - mais surtout dans l'ouverture du futur. N'est-il pas dit qu'une chanson d'un prêtre Tanno peut mener à l'ascendance ? Hors si Violain refuse de se faire toucher pour ce faire, il est évident que le prêtre est passé outre dans la suite du récit. Est-ce réellement un prémisse à l'ascendance des Brûleurs de Ponts ? Déjà que les Marines qui ont accompagné Félisine et compagnie sont proches de l'Ascendance...

Bref, amateurs d'intrigues, vous serez servis, comme d'habitude.

Personnages

Côté personnages, même si on reste sur un grand casting, le nombre de personnages significatifs diminue un peu par rapport au premier tome d'une part, mais surtout se recentrent par thématique du récit. Appréhender qui est qui est donc beaucoup plus facile.

Pour le coup, on va avoir plusieurs groupes principaux à suivre :

Coltaine du clan du Corbeau

Coltaine, les Wickiens et la 7ème dans leur périple maudit

Vous cherchiez de l'épique ? Coltaine va vous en remontrer. Lui, ses clans, son armée et Druiker l'Historien impérial vont redéfinir la signification des mots « sacrifice » et « devoir », sans parler de l'humour caustique associée aux différents protagonistes.
Et pour le coup, si vous aviez du mal à vous attacher à des personnages avant, je gage que la 7ème saura compenser les faiblesse de l'armée de Dujek sur le sujet.

Héboric aux doigts légers

Félisine, Héboric et Baudin - le trio improbable

Prisonniers des mines d'Otataral, chacun pour des raisons qui leur sont propres, chacun à la recherche d'un objectif qui lui est propre. Les suivre c'est voir l'évolution psychologique de ces 3 compagnons qui ne se sont pas choisis et qui, pour survivre, devront apprendre à... S'entraider ? Non pas vraiment... À ne pas s’entre-tuer peut-être pour commencer.

Kalam Melkhar - brûleur de ponts

Les Brûleurs de Pont

Une partie de l'escouade est de la partie avec Violain (le sapeur) et Kalam (l'assassin) qui sont partis accompagner Apsalar - anciennement Mes Regrets, fille de pêcheur utilisée par Cotillon / La Corde, le dieu des assassins - à la recherche de son père, le tout accompagné du jeune Crockus - voleur et aussi amoureux d'Apsalar.
On notera que pour aucun des Brûleurs de Pont, cette balade ne semble facile et que les pièges du passé les guettent, Violain ayant fait parti de ceux qui ont conquis le continent par le passé, tandis que Kalam en est originaire avant d'intégrer les Brûleurs de Ponts. Je vous laisse donc imaginer qu'ils n'accompagnent sûrement pas Aspalar par pur altruisme.

À noter que j'ai trouvé que l'évolution de Crockus était « surprenante » au regard de son attitude dans les Jardins de la Lune.

Mappo le Trell et Icarium le demi-Jaghut

Mappo le Trell et Icarium le demi Jaghut

Sans doute le couple de personnage qui m'a fait le plus vibrer. Le mystère qui plane sur leur destiné se dévoile au fur et à mesure de leur périple, et le déchirement qui entache leur amitié est un supplice qui n'a d'équivalent en amertume que la force de leurs liens d'amitié et la durée de leur vagabondage.

Sha'ik et le Tourbillon

Le Saint-désert Raraku

Car au final, n'est-il pas le point central de toutes les histoires qui sont contées ? N'est-il pas celui qu'on découvre au fur et à mesure des périples de chacun ?

Un désert que le récit rend presque aussi complexe qu'une personnage à part entière... Avec un passé tout aussi riche.

Comme pour le premier opus, on croise de jeunes innocents en devenir, mais aussi des vieux briscards brisés par la vie, des jeunes que la vie brise dès le départ, et des vieux briscards qui se redécouvrent une vie.
Chacun des personnages dépeints ont leur propre motivation, leur propre psyché, leurs propres démons et part d'ombre. Le manichéisme n'existe pas. Nul n'est méchant ou gentil par essence. Mais chacun cherche quelque chose à assouvir.
Et c'est l'assemblage de toutes ces motivations, qui vont dans le même sens ou qui s'affrontent, qui donne un aspect si grandiose à cet opus.

Et puis comme j'aime les personnages décalés et cryptiques, un petit coucou à Iksaral Pust, dont la lecture de chacune de ses phrases est source de questionnement et potentiellement de révélations.

Univers

Côté univers, toujours aussi grandiose, toujours aussi bien décrit... et jamais fourni avec le mode opératoire. Au lecteur d'assembler les éléments, de convertir les bribes éparses pour construire le puzzle de ce background grandiose et qui ne fait que s’agrandir.

On notera aussi qu'en plus de s'étoffer, ce background se précise, car on y découvre des éléments qui viennent préciser des éléments introduits précédemment, ou au contraire complexifier ce qui semblait être relativement simple.
« Et derrière chaque réponse se cachent des questions » pourrait être le leitmotiv du background de cette saga.

Ainsi, on en apprendra plus notamment sur les Jaghuts et les T'Lan Imass, sur les Azaths, sur les Tistes Andii et sur les Garennes. Des notions déjà rencontrées dans le tome 1 mais qui se verront préciser à tout le moins.

Note

Un 20/20 pour ce tome.

Ce tome manie l'épique avec maestria. Je ne crois pas avoir encore croisé de livre de Fantasy m'ayant fait ressentir cela comme ça.

Ce tome est moins difficile d'accès que le premier opus, sans toutefois en venir à vous prendre par la main, ce n'est clairement pas le style de l'auteur.
Il est épique certes, mais il n'en reste pas moins au lecteur de réfléchir et d'assembler par lui même les éléments de complément de l'univers d'une part, mais aussi des différentes intrigues qui émergent ça et là.

À titre personnel, je le trouve légèrement en deçà du précédent tome, sans doute du fait d'un nombre d'intrigues au m² en baisse, mais on reste quand même sur un summum du genre.

Complexe, riche, et ô combien bien construit. Continuez avec moi dans ce superbe univers ! Laissez-vous tenter, vous ne serez pas déçu... Et rendez-vous rapidement pour la suite... inédite en VF !

PS : ah oui, j'ai rien dit à ce sujet, mais quand même... quel final !

Série : Le cycle malazéen

Le livre des Martyrs

  1. Les Jardins de la Lune (avis)
  2. Les Portes de la Maison des morts (avis)
  3. Les Souvenirs de la glace (avis)
  4. La Maison des chaînes (non lu)
  5. Les Marées de minuit (prévu 2020)
  6. Les Osseleurs (prévu 2020)
  7. Le Souffle du Moissonneur (prévu 2021)
  8. La Rançon des Molosses (prévu 2021)
  9. Poussières de rêves (prévu 2022)
  10. Le Dieu estropié (prévu 2022)

Novels of the Malazan Empire

  1. [Night of Knives (non traduit)]
  2. [Return of the Crimson Guard (non traduit)]
  3. [Stonewielder (non traduit)]
  4. [Orb, Sceptre, Throne (non traduit)]
  5. [Blood and Bone (non traduit)]
  6. [Assail (non traduit)]

Path to Ascendancy

  1. [Dancer's Lament (non traduit)]
  2. [Deadhouse Landing (non traduit)]
  3. [Kellanved’s Reach (non traduit)]

The Kharkanas Trilogy

  1. [Forge of Darkness (non traduit)]
  2. [Fall of Light (non traduit)]
  3. [Walk in Shadow (en cours d'écriture)]

The Witness Trilogy

  1. [The God is Not Willing (à paraître)]

Tales of Bauchelain and Korbal Broach

  1. [Blood Follows (non traduit)]
  2. [The Healthy Dead (non traduit)]
  3. [The Lees of Laughter's End (non traduit)]
  4. [Crack’d Pot Trail (non traduit)]
  5. [The Wurms of Blearmouth (non traduit)]
  6. [The Fiends of Nightmaria (non traduit)]


Le Diseur de mots - La Lyre et le glaive, tome 1 / Christian Léourier

Couverture livre Le Diseur de mots de Christian Léourier - critique littéraire -

Récit

Depuis l’accession au pouvoir du hartl Skilf Oluf’ar, la paix règne et la commanderie du Solkstrand prospère.
Lorsqu’on lui refuse le passage d’un pont parce qu’il ne peut s’acquitter du péage, Kelt prédit l’effondrement de la construction. Ainsi sont les diseurs de mots : ils possèdent de drôles de dons, jamais ils ne mentent et, affirme-t-on, leurs vérités ensorcellent.

Arrêté et livré aux geôles du seigneur local, Kelt doit démontrer son innocence lors d’une ordalie. Hòggni, un mercenaire en mal de contrats, accepte de le représenter puis remporte le duel. Toutefois, vexé de sa défaite, le seigneur les missionne alors au Heldmark, où le culte d’un dieu unique se répand plus vite que la peste…

Remerciements

Ce tome m'a été offert dans le cadre de l'opération « Masse Critique » de Babelio. Je remercie Babelio et les éditions Critic pour m'avoir fait découvrir ce livre.

Impression

Pour commencer, je connais l'auteur de renom principalement - et pour son écriture en Science-Fiction - n'ayant lu de lui qu'une nouvelle, en attendant d'attaquer son fameux cycle de Lanmeur (mais j'ai les bouquins... Donc il suffit d'attendre comme on dit).
C'est donc d'un œil neuf que j'aborde cet auteur.

Et là, ne passons pas par quatre chemins : mais quelle plume !
La plume de Ch. Léourier est juste envoûtante. Des mots qui tombent justes. Des mots qui emportent. Des mots qui arrivent à créer un monde plein d'exotisme tout en assurant un lien sans faille.
Un pur délice. À un tel point qu'avec le recul, c'est bien ce qui ressort de ce livre.

Côté rythme, celui-ci est globalement contemplatif, permettant à la fois de découvrir l'univers de ce monde, mais aussi de s'imprégner des multiples conséquences de la géopolitique locale qui se découvrent au fil du livre.
Pas d'action à outrance donc, même s'il serait particulièrement faux de dire qu'il ne se passe rien - les scènes d'actions voyant le temps se condenser - tout en gardant cette rythmique si naturelle à la lecture.

L'histoire en elle-même permet d'une part de chercher, à travers les péripéties qui arrivent aux héros principaux, à découvrir ce qui se cache derrière tous les non-dits, derrière la magie du Diseur de Mots qui semble à la fois connue, mais mal comprise, crainte mais recherchée et surtout redoutée par le Diseur de Mots lui-même.
D'autre part, l'histoire est bien dense. Les retournements de situation ne sont pas légions, mais l'ensemble s’accommode bien avec le rythme du récit et reste toutefois suffisamment complexe / crédible pour ne pas en faire pâtir la lecture.

Côté personnage, les principaux personnages sont très bien dépeints, et heureusement, car du fait que chaque personnage possède plusieurs noms (un public et un privé) et qu'ils sont utilisés alternativement selon les situations, il aurait été facile de s'y perdre. Ici, la confusion n'est que rarement de mise tant chaque personnage est dépeint avec une "saveur" particulière. Rien qu'à la lecture d'un dialogue ou d'un comportement, on sait de suite qui est l'objet du récit. Ça et le fait que le nombre de personnages est relativement restreint, il faut bien le dire.

On pourra notamment apprécier vivement 2 des 3 personnages essentiels de ce tome, à savoir notre Diseur de mots, magicien qui ne peut mentir (une sorte d'Aes-Sedaï naïf pour ceux qui connaissent la Roue du temps) aux pouvoirs... intrigants si je puis dire.
On trouvera aussi dans Hòggni, ce mercenaire à tête de sanglier qui est sans doute le personnage le plus philosophe, un personnage particulièrement attachant.
J'ai personnellement eu plus de mal avec Fille Farouche, de par son caractère qui se veut réfractaire à l'autorité, mais qui se coule à mon sens trop facilement dans son acceptation du destin et de sa situation personnelle.
Gageons que cela pourra changer au regard du titre du second tome.

Note

Un 19/20 pour ce livre.
En bref, cette lecture est un vrai plaisir que je ne peux que vous conseiller. Avec un mot principal qui ressort : envoûtement.
Je lirai évidemment le second tome de ce diptyque dès qu'il sera sorti (ou que ma PAL m'en laissera l'occasion).

Série : La Lyre et le glaive

  1. Le Diseur de mots (avis)
  2. Danseuse de corde (à paraître en 2020)

Les Annales du Disque-Monde / Terry Pratchett - Vue globale

Guide d'ordre de lecture des annales du Disque Monde

Objectif

Cet article est réalisé dans le but de fournir un support autonome aux chroniques que je ferai sur les Annales du Disque-Monde.

Vade-mecum ou c'est par où qu'on commence à lire

Pour commencer, il est bon de savoir que le sens de lecture est donc au choix, soit par ordre de sortie, soit en commençant par le premier tome d'un cycle.
Les tomes d'un même cycle reposent sur une histoire ayant un même fil rouge et avec des protagonistes pouvant varier mais traitant d'un même sujet. En effet, les différents cycles sont globalement indépendants entre eux, faisant intervenir des « héros » à part.

Leur interaction est principalement liée au fait que tout se passe dans le même monde, mais pas aux mêmes endroits. Cela explique que sauf certains points de détails, s'aventurer dans un cycle particulier sans lire les autres n'est pas problématique du tout.

Guide d'ordre de lecture des annales du Disque Monde
Crédit : The L-Space Web

Les différents cycles traitent des éléments suivants :

  • Le cycle de Rincevent suit principalement les pérégrinations de Rincevent, « maje » de son état. À noter que la magie dans le disque-monde est... particulière. Plus généralement, ce cycle traite des mages de l'Université de l'Invisible et de leur art.

  • Le cycle des Sorcières nous amène à côtoyer les sorcières et leurs pouvoirs (qui ne sont pas les mêmes que ceux des mages précédents... mais alors pas du tout. Rien d'aussi grossier n'est-ce pas.). Ce cycle est littéralement jouissif, le meilleur de toutes les annales à mon humble avis.

  • Le cycle de la Mort, où l'on suit les pérégrinations, questionnements et autres activités de la Mort. Personnage mythique des Annales, ce cycle est au coude à coude niveau plaisir avec celui des Sorcières.

  • Le cycle du Guet, où l'on suit Vimaire et sa clique, et où l'on découvre la naissance de la police moderne, mais aussi la vie dans la grande ville d'Ankh-Morpork.

  • Le cycle des anciennes civilisations où il est question de la mythologie du Disque-Monde.

  • Le cycle du progrès où les merveilles de l'industrialisation viennent côtoyer la magie du Disque-Monde. Sans doute l'un de cycle que j'aime le moins.

  • Les cycles des romans pour jeunes et scientifique sont à part, car se passant dans l'univers du Disque-Monde, où l'expliquant, mais sans faire vraiment partie des Annales.

Mais, la question qui pend à vos lèvres est peut-être : mais le Disque-Monde c'est quoi ?
Et bien, le monde de Terry Pratchett est constitué :

  • D'un disque (d'où son nom). C'est donc bien un monde plat.

  • Ce disque est posé sur le dos de 5 éléphants.

  • Eux même reposent sur une tortue géante (la grande A'thuin de mémoire) qui voyage dans l'espace.

  • Enfin la magie y est présente, émanant du moyeu du Disque-Monde, pic gigantesque qui est aussi le lieu où vivent les dieux.

Vous pouvez donc tout de suite voir qu'il s'agit d'un monde Fantasy / burlesque, bourré d'humour.
Oui, mais pas que. Car derrière l'humour et le côté pastiche des (anti-?) héros, chaque annale se voit traiter un sujet particulier, offrant une critique plus ou moins acerbe d'un pan de notre société actuelle.

On notera par ailleurs que le traducteur arrive à rendre la quasi-totalité des nombreux jeux de mots qui émaillent ces lectures. Ce qui laisse donc tout l'intérêt de lire ces livres en français.

Détails de la série : Disque-Monde (Annales et autres récits)

Cartographie des cycles composant le Disque-Monde - Article générique sur le Disque-Monde

Cycle de Rincevent

  1. La Huitième couleur (lu et non chroniqué)
  2. Le Huitième sortilège (lu et non chroniqué)
  3. Sourcellerie (lu et non chroniqué)
  4. Drame de Troll (nouvelle) (chroniqué)
  5. Faust Éric (lu et non chroniqué)
  6. Les Tribulations d'un mage en Aurient (lu et non chroniqué)
  7. Le Dernier Continent (lu et non chroniqué)
  8. Le Dernier Héros (lu et non chroniqué)
  9. Allez les mages ! (lu et non chroniqué)

Cycle scientifique

  1. La Science du Disque-Monde (non lu)
  2. Le globe (non lu)
  3. L'horloge de Darwin (non lu)
  4. Le jugement dernier (non lu)

Cycle de la Révolution industrielle

  1. Les Zinzins d'Olive-Oued (lu et non chroniqué)
  2. La Vérité (lu et non chroniqué)
  3. Le Régiment monstrueux (lu et non chroniqué)
  4. Timbré (lu et non chroniqué)
  5. Monnayé (lu et non chroniqué)
  6. Déraillé (non lu)
  7. Le guide de Mme Chaix (non lu)

Cycle des Sorcières

  1. La Huitième fille (lu et non chroniqué)
  2. Trois sœurcières (lu et non chroniqué)
  3. Les recettes de nounou Ogg (non lu)
  4. Mécomptes de fées (lu et non chroniqué)
  5. Nobliaux et Sorcières (lu et non chroniqué)
  6. Masquarade (lu et non chroniqué)
  7. La mer et les petits poissons (nouvelle) (chroniqué)
  8. Carpe jugulum (lu et non chroniqué)
  9. Les Ch'tits Hommes libres (chroniqué)
  10. Le Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants (lu et non chroniqué)
  11. Un chapeau de ciel (non lu)
  12. L'Hiverrier (non lu)
  13. Je m'habillerai de nuit (lu et non chroniqué)
  14. La Couronne du berger (non lu)

Cycle anciennes civilisations

  1. Pyramides (lu et non chroniqué)
  2. La Mort et tout ce qui s'ensuit (nouvelle) (chroniqué)
  3. Les Petits Dieux (lu et non chroniqué)

Autres

  • L'art du Disque-Monde (non lu)
  • La carte du Disque-Monde (non lu)

Cycle du Guet

  1. Au guet ! (lu et non chroniqué)
  2. Le théâtre de la cruauté (nouvelle) (chroniqué)
  3. Le Guet des orfèvres (lu et non chroniqué)
  4. Pieds d'argile (lu et non chroniqué)
  5. Va-t-en-guerre (lu et non chroniqué)
  6. Le Cinquième Éléphant (lu et non chroniqué)
  7. Ronde de nuit (lu et non chroniqué)
  8. Jeu de nains (lu et non chroniqué)
  9. Rejet par l'Université de procédés diaboliques (nouvelle) (chroniqué)
  10. Minutes de la réunion en vue de concrétiser le projet de fédération de scouts d'Ankh-Morpork (nouvelle) (chroniqué)
  11. Où est ma vache ? (non lu)
  12. Coup de tabac (chroniqué)
  13. Le monde merveilleux du caca (non lu)

Cycle de la Mort

  1. Mortimer (lu et non chroniqué)
  2. Le Faucheur (lu et non chroniqué)
  3. Accros du roc (lu et non chroniqué)
  4. Le Père Porcher (lu et non chroniqué)
  5. Procrastination (lu et non chroniqué)

Le Testament d'involution - Le bâtard de Kosigan, tome 4 / Fabien Cerutti

Couverture - Le Testament d'involution - Le bâtard de Kosigan, tome 4 - de Fabien Cerutti

Récit

Et si l’origine du plus grand lac de la région de Cologne avait un rapport avec une prophétie réalisée en 1341 ?
Et si cette même année, le chevalier de Kosigan avait réveillé des forces qui le dépassent ?
Et si le destin de sa postérité se jouait cinq siècles plus tard dans la cave voûtée d’un bistrot parisien ?
Et si les secrets révélés dans ce livre étaient dangereux ? Et qu’en les découvrant, vous deveniez complice…

Impression

Dernier tome de ce cycle (mais les événements laissent la place à la possibilité qu'un second cycle puisse suivre), ce livre clos la saga en prenant place directement après la fin du tome 3, où l'on retrouvait nos 2 Kosigan en de bien mauvaises postures.

La trame du livre se découpe donc toujours en 2 parties entremêlées, celle se passant fin XIXème et celle de son descendant au début du XXème siècle.

Kergaël de Kosigan (XXème)

Dans cette partie, nous trouvons enfin les explications de ce qui a pu se passer, et de comment cela c'est passé, pour que la magie disparaisse de notre vie.
Une partie intéressante en termes de background puisque pour le coup, on va, à tout le moins dans les grandes lignes, apprendre les tenants et aboutissants de la lutte de ceux qui prônent la magie, de ceux qui veulent la voir réduite au silence... À tout le moins pour les autres.

Le gros bémol toutefois, c'est que plusieurs éléments sont quand même plus qu'évidents, et du coup toute la partie d'enquête sur la fortune de Kergaël m'a semblé soit trop longue soit trop peu complexe.
En bref ça manque d'enjeux, même si on est plus que ravi de voir nos déductions se voir confirmer ou non.

L'ensemble garde toujours la force de sembler possible, à défaut de probable pour ce qui concerne l'intégration de la magie dans notre Histoire.

On notera par ailleurs que la fin de cette trame est particulièrement truculente. En tout cas, j'ai adoré comment l'auteur a su réintégrer l'ensemble du récit et des actions dans notre histoire actuelle, mine de rien, tout en subtilité.

Pierre Cordwain de Kosigan (XIVème)

De son côté Pierre Cordwain de Kosigan poursuit ses activités consistant principalement à intriguer avec tout le monde, remuer le tout et voir quels sont les marrons qu'il peut sortir du feu.
Comme d'habitude me direz-vous, certes, mais là on est vraiment au niveau supérieur : entre 3 à 4 partitions à jouer autour des mêmes éléments centraux, avec tout de même 2 points cruciaux à gérer, à savoir le devenir du monde d'une part (une paille comme on dit), et sans doute le plus important pour le Bâtard, son histoire à propos de sa mère et de ce qui tourne autour de ce qu'il est.
Les enjeux sont donc particulièrement enlevés, et les joueurs particulièrement retors. Le Bâtard a-t-il trouvé ses limites dans ce dernier tome ?
Une seule façon de le savoir : lire ce livre (oui je suis mesquin).

En tout état de cause, un joli final pour le Bâtard qui fait autant appel à la dextérité de son bras d'épée qu'à celle de sa langue.

Le seul bémol que je pourrai émettre, c'est une fin à base de beaucoup d'ellipses temporelles. C'est dommage car ça donne l'impression de vouloir clore le cycle, sans vouloir aller jusqu'au bout. En effet manifestement il y a beaucoup de matière encore à exploiter, et cette fin semble dire que peut-être que l'auteur en restera là avec ce monde... Ce qui est bien dommage à mon sens.
Après cela permet aussi de bien recoller les deux trames temporelles, mais on n'était pas non plus à un mystère non résolu prêt.

Côté personnages, on reste dans la suite directe du précédent tome, puisqu'il en est la continuation directe.
En somme, de Kosigan est égal à lui-même en termes de tortuosité, au point de risquer de perdre ses propres collaborateurs. Ses proches lieutenants conservent leur épaisseur et se révèlent plus ou moins décisif dans l'aventure. En tout état de cause, ils servent réellement.

Enfin, on conserve ce mélange de récit historique mêlée de magie et du pouvoir des contes et légendes. Toujours aussi plausible, d'autant plus avec le final de la trame du XXème siècle.
La qualité la plus importante de ce cycle à mon sens et qui a le mérite d'être constamment là, mise en lumière, mais sans empiéter sur l'histoire. Du grand art en somme.

Note

Un 16/20 pour ce livre, qui termine la saga de manière plus qu'honorable. Il est juste dommage que la trame du XXème me soit apparu si facile à deviner et cette façon de conclure pour la fin du XIVème ; même si clairement le final de cette trame temporelle est plus que classe.
Un joli final, même si je le trouve fondamentalement moins bon que les autres opus. Cela dit rien de bien dramatique... Et en espérant avoir l'occasion de lire les parties passées sous ellipses de notre bâtard à la langue pendue.

Série : Le Bâtard de Kosigan

  1. L'Ombre du pouvoir (chroniqué)
  2. Le Fou prend le roi (chroniqué)
  3. Le Marteau des sorcières (chroniqué)
  4. Le Testament d'involution (chroniqué)

Le Marteau des sorcières - Le bâtard de Kosigan, tome 3 / Fabien Cerutti

Couverture - Le Marteau des sorcières - Le bâtard de Kosigan, tome 3 - de Fabien Cerutti

Récit

1341, sur les traces de son passé, le Bâtard de Kosigan et sa compagnie s’enfoncent dans les profondeurs de l’Empire germanique, d’un puissant seigneur du Rhin.
Les mystères s’épaississent, mêlant complots, magie et religion, sur fond de chasse aux sorcières. Le chevalier devra naviguer avec prudence sur des eaux redoutables où l’Inquisition rôde et où il est parfois difficile de distinguer amis et ennemis.

À quelques siècles d’intervalle, Kergaël de Kosigan tente d’élucider les interrogations soulevées par les écrits de son ancêtre. Mais remuer les secrets de l’Histoire s’avère périlleux et la vérité a toujours un prix.

Joutes verbales, combats épiques, séduction et manipulations ; on retrouve avec grand plaisir la fougue et le panache de la maison de Kosigan.

Impression

Troisième tome de cette série qui en compte 4, je vous préviens dès à présent : commencez en la lecture uniquement si vous avez le 4ème sous la main (ou peu s'en faut).
Autant les
tomes 1 et 2, tout en s'inscrivant pleinement dans une trame visant à découvrir l'histoire du Bâtard de Kosigan et de son héritier, relataient chacun une histoire qui se suffisait à elle-même, autant ce tome 3 finit sur un cliffhanger pour chacun des deux protagonistes. Et clairement le tome 4 n'est que la suite directe de ce tome 3. D'ailleurs le début du tome 4 ne s'en cache pas puisqu'il l'indique en toutes lettres :

Attention, cet ouvrage fait directement suite au tome 3 et ne devrait pas être lu indépendamment.
Ça a le mérite d'être clair et confirme mon impression qu'il s'agit plus de la première et seconde partie du tome 3 que des tomes 3 et 4 stricto sensu.
Vous êtes donc prévenus.

La trame du livre se découpe toujours en 2 parties entremêlées.

Kergaël de Kosigan

La première concerne le descendant du Bâtard et voit sa trame se passer fin XIXème - début XXème siècle.
Cette partie gagne enfin ses lettres de noblesse. Car même si les éléments sont relatés via des échanges épistolaires - ce qui est rarement source d'actions soutenues -, ils n'en gagnent pas moins en actions, rebondissements, et surtout l'on voit enfin poindre ce qui se cache derrière tout cela.
Le tout est raconté tel le déroulé d'une enquête scientifique, et plus cette dernière approche de la situation « actuelle » du Bâtard dans la seconde trame narrative, plus on a la certitude que tout n'a pas dû se dérouler aussi bien que de Kosigan le prévoyait.
D'autant plus que l'enquête moderne éclaire d'un autre point de vue les risques plus ou moins calculés que prend de Kosigan.
Un vrai plaisir que de voir émerger ce sentiment qu'on va enfin comprendre pourquoi de nos jours la magie n'est plus.

Pierre Cordwain de Kosigan

De son côté Pierre Cordwain de Kosigan (ledit Bâtard), raconte sa vie au XIVème siècle, et on quitte le sol de la France pour se diriger de l'autre côté du Rhin dans les jolies contrées du Saint Empire Germanique.
Mais cette fois-ci il va lui falloir jongler avec plusieurs marrons sur le feu, ou comment concilier objectifs personnels, son employeur local - raison officielle de sa venue - et les détentrices des réponses à ses questions - un cercle de sorcières dont la réputation laisse supposer qu'elles ne seront pas spécialement tendres avec lui... encore qu'avec le Bâtard, la tendresse peut prendre diverses formes -.

Encore une fois intrigues politiques, luttes de pouvoir sont à prévoir pour le plus grand bénéfice du Bâtard... s'il arrive à gérer tout cela.

Côté personnages, de Kosigan fait toujours montre de gouaille et d'astuce, mais encore plus que dans le second tome, on voir émerger ses proches lieutenants qui ne servent plus que de faire-valoir, mais gagnent en épaisseur et en importance.
On pourra regretter du coup un tome avec un humour moins marqué, mais l'échange est très équitable pour ce qui est de nous tenir en haleine.

Côté background, on retrouve comme univers ce mélange de récit historique mêlée de magie et du pouvoir des contes et légende. Ce mélange qui me fait dire « Et si c'était vrai ? Et si en fait c'était comme ça que cela c'était passé ? ».
Car sous la plume de Fabien Cerutti et son bagage d'enseignant en histoire, c'est un monde détaillé, tant dans les us et coutume de l'époque, que dans les jeux de pouvoirs que nous nous retrouvons, avec une couche de magie si bien ajustée qu'elle parait pouvoir faire complètement partie de notre vraie Histoire.

Au final actions rocambolesques, humour et traits d'esprit, trahisons et contre-trahisons se retrouvent de nouveau dans ce tome, même si l'objectif personnel du Bâtard tend à mâtiner tout cela d'un peu plus de sérieux dans sa quête... et lui laisse moins les coudées franches.

Note

Un 18/20 pour ce livre, qui dans la continuité du second tome s'améliore en donnant une atmosphère plus intime aux objectifs du récit côté XIVème ainsi qu'en accroissant la densité des personnages entourant le Bâtard.

De plus, l'histoire côté XIX-XXème gagne en actions et rebondissements, ce qui dynamise cette trame que je trouvais par trop présente au regard de ce qu'elle apportait dans les précédents tomes, et qui ici ne se retrouve à la traîne que parce que la gouaille de de Kosigan n'a pas son pareil.

Je lirai rapidement la suite, parce que, s'arrêter ainsi au 3ème tome doit être une torture pour ceux qui n'ont pas la chance d'avoir le 4ème tome sous le coude.

Série : Le Bâtard de Kosigan

  1. L'Ombre du pouvoir (chroniqué)
  2. Le Fou prend le roi (chroniqué)
  3. Le Marteau des sorcières (chroniqué)
  4. Le Testament d'involution (chroniqué)

Les Jardins de la lune - Le Livre des Martyrs, tome 01 / Steven Erikson

Couverture livre - critique littéraire - Les jardins de la Lune, tome 1 du Livre des Martyrs de Steven Erikson

Récit

Saigné à blanc par des luttes intestines, d'interminables guerres et plusieurs confrontations sanglantes avec le seigneur Anomander Rake et ses Tistes Andii, le tentaculaire Empire malazéen frémit de mécontentement. Les légions impériales elles-mêmes aspirent à un peu de répit.

Pour le sergent Mésangeai et ses Brûleurs de Ponts, ainsi que pour Loquevoile, seule mage survivante de la 2ème armée, les contrecoups du siège de Pale auraient dû représenter un temps de deuil. Mais Darujhistan, la dernière des Villes libres de Genabackis, tient encore et toujours bon et l'ambition de l'Impératrice Laseen ne connaît aucune limite.

Cependant, il semble que l'Empire ne soit pas la seule puissance impliquée. De sinistres forces sont à l’œuvre dans l'ombre, tandis que les dieux eux-mêmes se préparent à abattre leurs cartes...

Autour du livre (ou l'introduction à ma critique)

Avis de non objectivité

Il s'agit de ma quatrième lecture de ce tome, donc autant annoncer la couleur de suite : ce livre, c'est de la bombe. Achetez-le, lisez-le, vivez-le ! Faites vous happer par ce récit plein de magie et de fureur.
Un poil excessif ? Que nenni. Mais au moins, maintenant, vous savez que cette chronique sera totalement partiale, ne serait-ce que parce que ça fait un peu plus de 10 ans que j'attends la traduction des autres tomes de la saga (le troisième devrait arrivé pour mai 2019... Youpi !).
Par ailleurs il s'agit de ma série de Fantasy préférée, parmi toutes celles que j'ai eu l'occasion de découvrir jusqu'à ce jour. Le décor est donc planté, place à l'action.

Historique (et futur) de la saga en France

Le Livre des Martyrs, anciennement dénommé Le Livre malazéen des glorieux Défunts est un best-seller outre-Atlantique, traduit dans 21 langues qui plus est. Les deux premiers tomes ont subis respectivement deux et une éditions en français mais réalisées par des éditeurs « généralistes » qui n'ont manifestement pas su (voulu ?) communiquer sur leurs parutions.
Au final, seuls les 2 premiers tomes ont été traduits en français, et aucune parution des tomes suivants n'était prévue.

Pis, le double échec éditorial, malgré le peu de publicité faite alors, ainsi sans doute le fait qu'il s'agisse d'une décalogie ont rendu le projet trop incertain pour l'ensemble des éditeur spécialisés en fantasy ces 10 dernières années (enfin c'est ce qu'elles répondaient quand on les harcelait pour relever le flambeau).
Jusqu'à dernièrement en tout cas car les éditions Léha, peut-être parce que toute jeune et ayant donc un nom à se faire, relèvent le défi et s'apprêtent à publier les 10 tomes de l'arc principal de Steven Erikson.

Les éditions Léha ont donc pour objectif de (re)traduire les 10 romans, à hauteur d'un tous les 6 mois (avec 2 traducteurs se relayant d'un tome à l'autre). Un rythme intense mais qui a le mérite de pouvoir coller les lecteurs à la sortie des différents tomes, sans sortir de leur tête. Un vrai plus à mon avis.
Peut-être qu'on pourra même avoir les autres romans de l'univers plus tard
(cf. en fin de chronique pour le détail des parutions dans l'univers), on peut toujours espérer, surtout si le succès de vente pour ce premier tome se confirme sur les tomes ultérieurs.

Étude comparative

Ayant lu les 3 éditions de ce premier tome, voici les quelques différences que j'ai pu voir.
Vous pouvez sauter directement au point suivant qui parlera de la critique proprement dite, cela dit, quitte à avoir lu les 3 éditions, autant vous conforter dans l'idée d'acheter la nouvelle, quelques arguments à l'appui.

Traduction

Comparativement aux 2 anciennes éditions, la traduction a été totalement reprise, avec des choix de traduction totalement différent. N'étant nullement qualifié pour disséquer les choix de traductions, tant d'un point de vue style en français que d'un point de vue traduction depuis l'anglais, je ne peux que dire que cela change la saveur de certains passages.

Parfois en mieux, la traduction des sobriquets qui servent de nom dans l'armée malazéenne donne une saveur particulière - notamment en cherchant à comprendre d'où ils peuvent venir / ce qu'ils peuvent signifier / ce qu'ils disent sur le personnage.

Parfois en moins bien, la traduction de la manifestation de la magie (warren en anglais) de labyrinthe (ancienne édition) à garenne (nouvelle édition) m'a semblé bien moins visuelle et moins adaptée. Peut-être est-ce plus proche du vrai sens que voulait donner Steven Erikson (la traduction étant faite par 2 passionnés de la saga), mais ça me semble moins parlant sur les 2 premiers tomes existant.

Dans tous les cas, les nouveaux choix de traduction ne m'ont pas spécialement gêné, sauf pour les noms des personnages, où j'ai du faire le recollement entre qui est qui par rapport aux anciennes éditions (enfin gêné est un bien grand mot).

Coquilles

Je ne suis clairement pas à la recherche d'icelles lors de mes lectures, mais la première édition en avait et la seconde édition en était truffée. Au point que j'ai revendu ma seconde édition immédiatement après lecture, la première étant clairement plus digeste.
Sur ce point, cette nouvelle édition n'en n'est pas exsangue, mais dans une très large moindre mesure. Ça fait plaisir de voir un traitement du texte plus en phase avec la qualité de l'écrit.

Au fil de la lecture

Un dernier point, et non des moindres, c'est la présentation des éléments dans le livre. Si le chapitrage et les extraits de textes obscurs, qui ne trouvent lien avec le chapitre qu'ils introduisent qu'à la fin de la lecture de ce dernier, sont similaires pour l'ensemble des éditions, il est un élément qui parait bête, simple, c'est les séparations mises en place lorsque, au sein d'un même chapitre, on change d'acteur, de lieu ou de temps.

Croyez-le ou non, mais dans les anciennes éditions, rien ne séparait physiquement ces changements si ce n'est un saut de paragraphe. Au lecteur de prêter attention et de resituer les éléments lors de leur lecture.
Dans la nouvelle édition, ces changements sont signalés par une triple astérisque. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais lors de cette lecture, j'ai été étonné de sentir que je trouvais cette dernière plus simple, plus fluide que lors de mes précédentes lectures (et comme ça doit faire environ 10 ans que je ne l'avais pas relu, ce n'étaient pas liés aux souvenirs... Enfin pas plus que lors des précédentes relectures).
Et ce n'est qu'en remarquant ce point, que je me suis souvenu que J.-Ph. Mocci (fondateur des éditions Léha) m'avait fait remarqué ce point.
Et donc oui, le simple fait de marquer ces changements rend beaucoup plus fluide la lecture et décharge le cerveau de ce qu'il a à traiter dans le cadre de la lecture. Et ça c'est quand même plus que bien vu l'univers et l'histoire en présence.
Suite à demande, vous pouvez voir une retranscription d'un passage dans la 1ère et 3ème édition pour vous faire une idée plus concrète (garanti sans spoil).

Bref, à choisir, prenez cette nouvelle édition qui est meilleur sur bien des points - sans vouloir entrer dans le débat du choix de traduction de différents termes (oui parce-que Violain, c'est sympa, mais je préférai Crincrin... Ah oui, j'avais dis que je ne rentrai pas dans le débat).

Impression

Après ces digressions, parlons du livre, et pour commencer de sa couverture.
L'illustrateur a fait un boulot exceptionnel, retranscrivant parfaitement l'atmosphère associée à la scène en question (le siège de Pale, vous verrez, vous y arrivez rapidement).
Y ressentez vous l'oppression du conflit, le gigantisme ? Et bien gardez cela en tête car ce livre n'est que gigantisme (je vous ai dit que je ne serai pas objectif).
Par ailleurs, je vous laisse vous faire une idée sur quelle est la couverture la plus belle entre les 3 éditions françaises :
Couverture livre - critique littéraire - Les jardins de la Lune, tome 1 du Livre des Martyrs de Steven Erikson - 1ère édition Couverture livre - critique littéraire - Les jardins de la Lune, tome 1 du Livre des Martyrs de Steven Erikson - 2ème édition Couverture livre - critique littéraire - Les jardins de la Lune, tome 1 du Livre des Martyrs de Steven Erikson - 3ème édition

Je parlais donc de gigantisme...

Personnages

Gigantisme pour commencer par le nombre de protagonistes « importants » entrant en jeu. Par important, il faut comprendre qui ont une réelle influence sur l'histoire.

  • L'Empire malazéen en premier lieu, envahisseur cherchant à conquérir le continent.
  • Les locaux qui cherchent à résister à l'Empire.
  • Les Tiistes Andiis et Sangdelune, la jolie lune flottante que vous pouvez apercevoir sur la couverture.
  • Mais aussi des dieux (oui au pluriel) qui veulent intervenir directement ou par le truchement de « représentant » plus ou moins volontaires.
  • Et d'autres encore, mais je vous en laisse la surprise.

Anomander Rake

Bref, une véritable palette de personnages importants. Ça peut constituer une difficulté, mais chaque personnage possède bien sa vie propre, ses qualités et défauts, sa manière d'être.
Par ailleurs, il est à noter en fin de livre un lexique / guide des factions qui pourra rapidement resituer certains personnages en cas de besoin.
D'ailleurs, ne vous attendez pas à découvrir un héros en devenir, dont une quête l'attend pour éveiller ce quelque chose d’exceptionnel qu'il a en lui. On y croise de jeunes innocents en devenir certes. Mais aussi et surtout des vieux briscards brisés par la vie, des hommes et femmes au sommet de leur art, et possesseurs de doses de cynisme assez jouissives.

Gigantisme dans le traitement des puissances en jeu.
« Le pouvoir appelle le pouvoir » est un des credos mis en application dans ce livre. Et chose remarquable, les plus puissants présents ne sont jamais sans équivalents en terme de puissance. Enfin en terme de puissance brute peut-être, mais comme tout est affaire de circonstances... Nous n'assistons donc pas à l'arrivée d'un deus ex machina, alors que pourtant, des dieux entrent dans l'arène... et n'en sortent pas nécessairement indemne. C'est un des points que j'ai particulièrement apprécié. Si l'on cherche à s'impliquer, on prend des risques dans ce monde. Cet adage s'applique aux plus faibles comme aux plus puissants.

Scénario

Gigantisme aussi, vis à vis du traitement de l'histoire.
Des histoires dans les histoires. Des intrigues politiques qui s’emmêlent les unes aux autres, des stratégies à tiroirs, des allégeances changeantes, les traîtrises qui jaillissent pour retomber en laissant un goût de suspens sur comment l'ensemble de l’œuvre va en être affecté.
Quel amusement, quel plaisir que de voir un détail précédemment remarqué prendre forme ? Que tel autre, passé dans l'oubli, ressort nous imposant un retournement de situation puissant comme un 33 tonnes sans freins, et qui pourtant, a toujours été là, en filigrane, en arrière plan...
Bref, une histoire pleine de faux-semblant, pleine de plans qui ne survivent pas à l'engagement et pleine de rebondissements à vous faire de multiples entorses au cerveau.
Amateurs d'intrigues, vous serez servis.

Carte du continent Genabackis

Univers

Gigantisme enfin question univers, on l'on est encore bien servi (ou à tout le moins on peut facilement présumer de la portée gigantesque de celui-ci sur la base de certains prémisses exposés).
Mais autant avertir, on entre en direct dans le monde. Je suis adepte du procédé, mais ici personne ne va vous tenir la main pour découvrir l'univers. Pas d'inquiétude, on le découvre au fur et à mesure, en partant sur la base d'un monde médiéval fantasy classique, on n'est pas spécialement dépaysé. Puis les actions des différents personnages nous font découvrir le monde, ses spécificités, les forces en présence.

Enfin on goûte au système de magie de cet univers, les fameuses garennes. À la fois totalement intégrées dans l'univers, faisant directement parti de la réalité tout en y étant pas. Source de la magie personnelle des mages et sorciers (qui ouvrent une porte vers la garenne et mettent en forme l'énergie magique qui en sourd) mais aussi domaine d’existence que l'on peut parcourir et traverser.
Évidemment plusieurs types de garennes existent, fournissant des pouvoirs associés à son domaine même si l'ensemble reste mystérieux à souhait, vu qu'on ne tombe pas sur un cours de magie magistral (on est plutôt sur le genre « travaux pratiques »).
Ainsi plusieurs grands types de garennes émergent :

  • Les garennes dites récentes, correspondant principalement aux garennes que peuvent utiliser les humains. Ainsi par exemple, la garenne Denul associée au domaine de la guérison est la garenne utilisée par les mages guérisseurs. Les plus fréquentes sont précisées dans l'annexe, mais une chose est sure, le nom de la garenne n'est pas une grande aide pour mémoriser le domaine auquel elle est associée. Par ailleurs, certains domaines peuvent être assez proches (ténèbre et ombre par exemple) même si les différences sont dans les faits significatives.
    La plupart des mages ne peuvent s'ouvrir qu'à une seule garenne, rarement plus de deux. Cela dit, le nombre de garenne accessible à un mage ne préfigure pas de sa puissance. En effet la maîtrise complète d'une garenne (traduit par le rang de haut-mage chez les malazéens) surpasse en puissance le fait de pouvoir accéder à plusieurs garennes. Ces derniers sont juste plus versatiles du fait de l'accès à plusieurs domaines de sort différent. Ainsi par exemple le Haut-Mage Tayschrenn maîtrise les garennes Thyr (domaine de la lumière) et Telas (domaine du feu).
  • Les garennes anciennes. Elles sont associées à une ancienne race et, sauf exception, seuls un membre de cette race peut utiliser la garenne associée. A contrario les membres de ces races semblent ne pouvoir utiliser que la garenne qui est associée à la leur.
  • La garenne du chaos, dite garenne remplissant le vide entre les autres garennes. Sans domaine affiliée et donc capable du pire (parce que pour le meilleur, dans cette saga, vous repasserez).
  • Les garennes ne fournissant pas spécifiquement de magie : utilisées pour les propriétés de la garenne elle-même. Ainsi on croisera la garenne de l'Empire malazéen qui lui sert à parcourir de grandes distances en peu de temps ou bien celle d'Aral Gamelon, garenne des démons qui est utilisée pour faire venir certains de leurs habitants parmi les nôtres (et je vous laisse imaginer la fête qui va avec) en passant des contrats avec eux.

Et le reste...

Humm, que vous dire de plus, oui, je classe ce livre en Dark-Fantasy, tant l'univers est sombre pour beaucoup des personnages et tant chaque chose a un coût souvent loin d'être modéré.

Ah oui, il était d'usage de dire que ce tome est difficile d'accès. Flamboyant ou que sais-je encore mais difficile. C'est moins le cas.
Évidemment, les intrigues vous demanderont de la concentration tant un élément mentionné 150 pages plus tôt peut être un indice important qui vous fera dire « mais bien sûr, pourquoi je ne l'ai pas vu venir ».
Évidemment, il faut savoir jongler avec le nombre de personnages et les intrigues qui les relient entre eux.
Mais pourtant ce n'est clairement pas l'un des livres les plus exigeants que j'ai pu lire. Et l'une des raisons qui fait que ce qui se disait sur ce point est à mon sens caduque, c'est la séparation des changements de points de vue / de personnages évoqués plus haut. Un changement de peu mais qui rend l'ensemble beaucoup plus lisible et structuré. Et ça se sent énormément (cf. un exemple retranscrit ici - garanti sans spoil).

Note

Un 20/20 pour ce tome.
Fan de cette saga, et de ce tome en particulier, vous ne vous offusquerez pas de cette note, surtout au regard du fait que j'aime les livres présentant des intrigues complexes.
Ici un nouvel univers vous tend les bras. Complexe, riche, et ô combien bien construit. Pénétrez avec moi dans ce superbe univers ! Laissez-vous tenter, vous ne serez pas déçu.

Série : Le cycle malazéen

Le livre des Martyrs

  1. Les Jardins de la Lune (avis)
  2. Les Portes de la Maison des morts (avis)
  3. Les Souvenirs de la glace (avis)
  4. La Maison des chaînes (non lu)
  5. Les Marées de minuit (prévu 2020)
  6. Les Osseleurs (prévu 2020)
  7. Le Souffle du Moissonneur (prévu 2021)
  8. La Rançon des Molosses (prévu 2021)
  9. Poussières de rêves (prévu 2022)
  10. Le Dieu estropié (prévu 2022)

Novels of the Malazan Empire

  1. [Night of Knives (non traduit)]
  2. [Return of the Crimson Guard (non traduit)]
  3. [Stonewielder (non traduit)]
  4. [Orb, Sceptre, Throne (non traduit)]
  5. [Blood and Bone (non traduit)]
  6. [Assail (non traduit)]

Path to Ascendancy

  1. [Dancer's Lament (non traduit)]
  2. [Deadhouse Landing (non traduit)]
  3. [Kellanved’s Reach (non traduit)]

The Kharkanas Trilogy

  1. [Forge of Darkness (non traduit)]
  2. [Fall of Light (non traduit)]
  3. [Walk in Shadow (en cours d'écriture)]

The Witness Trilogy

  1. [The God is Not Willing (à paraître)]

Tales of Bauchelain and Korbal Broach

  1. [Blood Follows (non traduit)]
  2. [The Healthy Dead (non traduit)]
  3. [The Lees of Laughter's End (non traduit)]
  4. [Crack’d Pot Trail (non traduit)]
  5. [The Wurms of Blearmouth (non traduit)]
  6. [The Fiends of Nightmaria (non traduit)]