Le sentiment du fer - Récits du Vieux royaume T03 de Jean-Philippe Jaworski

Couverture livre - critique littéraire -  Le sentiment du fer - Récits du vieux royaume

Récit

Retour au Vieux Royaume ! 
« J’ai quand même un ragot à vous servir, et du lourd ! Figurez-vous que ce n’est point avec moi que les elfes ont commencé à grenouiller dans les affaires de l’État. Bien loin de là ! Il y a deux bons siècles, déjà, au moment de l’Émancipation de Ciudalia, ils nous ont joué un tour à leur façon. Et les marles en tâtent tellement pour la barabille que l’un d’entre eux, sans même pointer son joli minois dans notre belle cité, nous a tous jetés dans une sacrée flanche ! Jugez-en par vous-même ».

Cinq nouvelles comme autant d’étapes dans l’histoire cruelle et tumultueuse du Vieux Royaume, le monde créé par Jean-Philippe Jaworski dans Janua Vera et Gagner la guerre.

Impression

Voici le second recueil de nouvelles se situant dans l'univers du Vieux royaume, au côté du recueil de nouvelles Janua Vera (excellentissime) et du roman Gagner la guerre (presque tout autant jouissif).
Si vous ne connaissez pas... Foncez les lire, vous ne pourrez être déçus. Je les ai malheureusement lus avant la tenue de ce blog, pas de chroniques à l'horizon donc... Mais c'est du très très bon.

Le thème de ce recueil est sans conteste la guerre et ses conséquences dans le démantèlement du Royaume de Léomance. Voici donc le détail nouvelle par nouvelle :

Le sentiment du fer

Nouvelle où l'on suit les péripéties d'un voleur devant escamoter un objet très bien gardé. Réunissant le style à travers l'utilisation de l'argot des voleurs et l'action, cette nouvelle est vraiment très agréable. On a même parfois l'impression de retrouver notre cher Benvenuto... Un vrai délice donc. D'autant que les calculs politiques ne sont pas très loin... et laissent le sentiment d'être raccord avec Gagner la guerre sur ce point là.

L’Elfe et les Egorgeurs

Cette nouvelle met en scène un barde elfe qui, pour retrouver son inspiration, se trouve le besoin de frayer avec l'Homme et ses activités, certes sales, mais ô combien inspirantes, notamment la guerre.
Se joue ici un jeu entre des soudards qui voient dans le barde une victime toute désignée et un barde elfe. Mais avec les elfes, tout n'est pas forcément ce qu'il parait.
Une nouvelle sympathique côté dialogues, mais qui n'a pas réussi à m'emballer côté scenario. C'est la seule nouvelle qui m'a déçu.

La Troisième Hypostase

Une nouvelle où, chose qui n'est pas fréquente avec Jaworski, on peut découvrir la magie à l'œuvre… mais aussi le prix à payer qui va avec.
Une nouvelle que j'ai, personnellement, beaucoup aimée montrant la magie mais tout en lui laissant un « châle » de mystère mâtiné d'une douceur au goût amer.

Désolation

Une très bonne nouvelle, se calquant sur l'épisode de la traversée de la Moria du Seigneur des anneaux, mais détourné comme il se doit pour faire partie de l'histoire du Vieux royaume.
On y découvre ainsi les nains, gnomes et gobelins, qui ne sont qu'à peine évoqués dans les précédents opus relatant l'histoire du Vieux royaume.
Un très bon texte, qui nous rappelle que dans le Vieux royaume, la naïveté n'est pas de mise.

Profanation

On assiste ici au procès d'un détrousseur de cadavres qui essaie, tant bien que mal de sauver sa peau par un plaidoyer aux manœuvres scabreuses.
Une nouvelle où l'on plonge dans « l'après-bataille » et où l'on découvre un écosystème qui se met en place après que le temps des (l)armes est passé.
Un récit entrainant et avec une fin particulièrement bien ficelée.

Note

Un 17/20 pour ce recueil.
Un indispensable pour tous ceux qui ont aimé se plonger au sein des récits du Vieux royaume.
Pour les autres, vous y découvrirez la gouaille, l'humour et la saveur des mots sous la plume de l'auteur. Bref, vous comprendrez que vous ne pouvez passer à côté de ce livre, sauf à lire l'un des 2 autres qui forment les récits du Vieux royaume !

Série : Récits du Vieux royaume

  1. Janua Vera (déjà lu)
  2. Gagner la guerre (déjà lu)
  3. Le sentiment du fer (chroniqué)

Même pas mort - Rois du monde, première branche (tome) de Jean-Philippe Jaworski

Même pas mort - Rois du monde, première branche (tome) de Jean-Philippe Jaworski

Récit

Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.

Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort. 


Impression

Je ne vous cache pas que je suis un grand fan de Jean-Philippe Jaworski, de sa plume, de sa gouaille et de sa capacité à nous plonger dans le livre qu'il écrit.
Vous le connaissez peut-être d'après Janua Vera et Gagner une guerre ? Et bien ici trêve de l'inspiration vénitienne et ses complots assassins, nous voici plongés chez les celtes.
Et qui dit celtes, dit guerres, bagarres, honneur et magie druidique.
Et bien tout cela, vous l'aurez bien... mais d'une manière un peu inattendue il faut l'avouer.

Le monde que nous décrit Jaworski est effectivement dur et sanglant. L'honneur y guide les vies et les abrègent ou les sauvent selon l'humeur des dieux. Les combats sont de la partie, ainsi que les morts qui lui incombent.
Et pourtant, Jaworski arrive à instaurer un rythme lent, un récit emprunt de la magie druidique, bardique et divine qui parsème son récit.
Ce livre nous envoûte littéralement en réussisant à marier avec tant de naturel le côté guerrier et honneur au côté mystique, onirique et quête d'initiation. Un véritable bijou du genre !
De plus, le vocabulaire spécifique employé (le dictionnaire m'a été d'une belle aide au début), permet vraiment de s'immerger dans l'époque, et de rendre plus palpable le côté étranger plein de mystère, qui se marie si bien aux celtes et leurs légendes.

Plus prosaïquement, il s'agit ici du premier tome (première branche) d'une trilogie. Nous y découvrons la jeunesse de Bellovèse, le personnage principal et narrateur, et à travers sa jeunesse, nous apprenons les codes et la façon de vivre des celtes. Ce qui est plutôt bien, étant totalement inculte de cette époque.
C'est clairement un tome d'introduction qui prend son temps pour poser un univers riche. Ceci dit, prendre son temps ne veut pas dire sans action ni sans intrigue... bien au contraire.

Le mode de récit est un peu particulier : il mêle à la fois présent, passé et des scènes "hors du monde". Cet aspect décousu, mélangé entre le présent, le passé, et les rêves (mais en sont-ils vraiment), donne au récit un air d'authenticité un peu brouillon... qui apporte même l'impression que la magie sourd des pages qui se tournent sous nos doigts.

Note

Un 19/20 pour ce livre. Enchanteur, envoûtant, ce livre réussit à nous immerger totalement dans ce monde qui m'était inconnu : celui des celtes. Un vrai délice que je ne peux que vous conseiller si vous aimez la torture de l'attente des prochains tomes.

Série : Rois du monde

  1. Même pas mort, première branche (avis)
  2. Chasse royale, deuxième branche I - De meute à mort (non lu)
  3. Chasse royale, deuxième branche II - Les grands arrières (non lu)
  4. Chasse royale, deuxième branche III (non lu)
  5. La Grande Jument, troisième branche (non paru)