Le Seigneur maudit - La Lame et le sang, tome 1 / Julien Schneider

Couverture livre - critique littéraire - Le Seigneur maudit, tome 1 de La lame et le sang, de Julien Schneider

Récit

La Lame et le Sang est une trilogie de romans se déroulant dans un Japon médiéval fantastique où samouraïs, kamis et yokaïs se côtoient, où de puissants daïmyos intriguent dans l’ombre et où pourtant l’amour peut fleurir.

Takeshi est le détenteur d’un étrange sabre maudit qui l’incite à verser toujours plus de sang. Devant lutter contre cette soif contre-nature, il cherche un moyen pour se libérer de ce fardeau.
Il croise la route de son ancien frère d’armes, Akira, un samouraï en manque d’aventure devenu le yojimbo de Mariko, une mystérieuse jeune noble dépossédée de ses terres qui cherche à les récupérer. Akira demande alors à son ancien condisciple de les aider.
Et quand la jeune fille lui propose des informations concernant son sabre, Takeshi accepte la mission.

Sans le savoir, il va participer à combattre un seigneur qui a toutes les armes en main pour renverser l’Empereur du Japon.

Impression

Ce premier tome d'une trilogie nous fait découvrir une histoire se passant au japon médiéval où se côtoient samouraï, kamis et autres sorciers.

La lecture en est agréable. On est clairement plongé dans les méandres du japon fantastique et l'auteur fait l'effort, tout en conservant les noms japonais pour rester dans la thématique, d'en expliquer les codes l'air de rien au cours du récit.
Ceux qui connaissent l'univers japonnais trouveront sans doute cela redondant, mais pour une personne découvrant les subtilités japonaises, c'est très agréable à lire.
De plus le voyage est bien dans la thématique, et c'est donc un agréable voyage japonisant qui nous est proposé.

Côté personnages, on est déjà plus dans l'archétypal. Même si la psychologie de ces derniers est bien explorée au cours du récit, il n'en reste pas moins qu'ils manquent (à mon sens) de subtilité, ou plus exactement de dualité, cette dernière étant présente plus par une imposition extérieure que provenant du caractère du personnage en tant que tel, qui semble plus ressasser sans cesse ce qui lui a été imposé et dont il a la charge aujourd'hui.

Côté scénario, ça se tient mais sans plus. L'histoire n'a pas de grand rebondissement et les points clefs plutôt téléphonés.
De même, on pourra retrouver l'écueil des ennemis qui, bien que plus forts, préjugent de la faiblesse de l'ennemi et s'exposent inutilement. C'est peut-être voulu pour donner un côté manga, mais je trouve ça un poil hors-sujet dans le cadre d'un roman qui demande un poil plus de subtilité.

On peut toutefois noter de jolies punchlines et un caractère bien trempé à notre personnage principal, avec de plus, une histoire d'amour qui sait ne pas tomber dans la mièvrerie, ce qui est particulièrement rafraichissant (et pour le coup dénote du côté manga).

Note

Un 14/20 pour ce livre.

Au final, malgré un scénario plutôt moyen et des personnages un peu trop caricaturaux, le livre procure tout de même un voyage enchanteur et une bonne introduction à l'univers du japon médiéval fantasy - notamment pour un lecteur ayant relativement peu de connaissances à cet effet.

Je lirai la suite lorsqu'elle sera publiée, la découverte de ce Japon médiéval fantasy étant indéniablement bien rendu.

Série : La Lame et le sang

  1. Le Seigneur maudit (avis)
  2. Les Masques de Chairs (non publié)
  3. Le Loup des dieux (non publié)

Confessions d'un elfe fumeur de lotus - Les Extraordinaires et Fantastiques Enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, tome 3 / Raphaël Albert

Couverture livre - critique littéraire - Confession d'un elfe fumeur de lotus - Les Extraordinaires et Fantastiques Enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé T03 de Raphaël Albert

Récit

À Panam, le Paris à la fois steampunk et fantasy imaginé par Raphaël Albert, Sylvo Sylvain, le fameux elfe détective privé, est en proie au spleen. Dans une fumerie de lotus, hébété, allongé sur une natte usée, de pipe en pipe, il se perd dans les souvenirs de son enfance…

La Grande Forêt des Elfes se déploie, cruelle et merveilleuse et, dans la fumée épaisse du lotus, l’existence féérique de son peuple reprend vie. L’avenir, croyait Sylvo à cette époque, était tracé comme la hampe d’une flèche : il serait le prochain champion de la Grande Forêt. Mais le sort prendra une toute autre tournure.
Face à son destin, Sylvo deviendra son pire ennemi…

Impression

Cette série a été un véritable coup de cœur jusqu'ici. C'est donc avec truculence que je m'étais installé pour en lire ce troisième opus, malgré les avertissements d'un changement radical de style pour ce troisième opus.

Fatalitas, l'engouement pour ce tome n'a clairement pas été au rendez-vous, au point que j'ai dû m'y reprendre à 3 fois avant de pouvoir vraiment pénétrer dans ce tome (ce qui explique en partie le délais de lecture depuis le précédent tome).

Pourtant, sur le papier, tout était là pour réussir :

  • une superbe série ;
  • un personnage principal haut en couleurs (et surtout en nuances de gris) ;
  • un passé mystérieux à découvrir…
Mais rien n'y fit, sauf en partie le final qui se veut plus mouvementé. En effet, ce tome est emprunt de mélancolie, d'apitoiements et de regrets.
Et autant pénétrer dans la psyché et le passé de Sylvo est intéressant. Autant y aller quand il est en mode dépressif suicidaire à tendance « c'était mieux avant que je foire tout », ça m'a clairement rebuté et m'a fait complètement sortir du récit.
Pourtant dans ce récit, on apprend plein de choses intéressantes. Le fonctionnement de Toujours Verte, l'un des lieux de résidences des elfes. Le passé de Sylvo et aussi celui de Pixel.

Le background est clairement bien posé. Le fonctionnement de la forêt, plein d'elferies... mais aussi de noirceurs, rend sa découverte intrigante et enthousiasmante. Même si je m'y retrouve moins que dans la description de Panam des précédents tomes, Toujours Verte y est décrit dans l'intégralité de son fonctionnement. Us et coutumes, menaces, ses habitants. Une véritable découverte totalement différente du monde des hommes.

Mais las, la mièvrerie et l'autodestruction passive de Sylvo dans son récit m'ont fait rater l'immersion - à moins que ça ne soit lié à l'absence du cynisme que j'aimais tant chez Sylvo…
Le rythme du récit n'aide pas nécessairement. Ici point d'enquête. On retrace la vie de Sylvo, depuis sa naissance jusqu'à sa déchéance.
L'enquête peut éventuellement se faire au niveau du lecteur pour essayer de découvrir en avance qu'elle peut être l'origine de la faute qui l'a fait quitter Toujours Verte. À partir de quand il a acquis son cynisme dévastateur ?

Toujours est-il que l'histoire se veut lente, feutrée, l'auteur ayant très certainement à cœur de transmettre ainsi le rythme auquel bat le cœur de Toujours Verte.

Les personnages, nouveaux ou anciennes connaissances, sont particulièrement bien décrits et on a clairement le temps d'entrer dans la psychologie des personnages et d'en apprendre énormément sur eux.

Note

Un 14/20 pour ce livre.
Clairement déçu par ce rythme, la mièverie et le caractère dépressif de Sylvo qui m'ont clairement fait sortir de ce livre.

Néanmoins, on ne peut que tenir compte de la découverte faite de la vie chez les elfes et de la profondeur des personnages.
Ce n'est donc pas un mauvais livre, mais un livre auquel je n'ai pas accroché, doublé de l'acidité de la déception vis à vis du coup de cœur que j'ai eu avec les premiers opus.

Ceci explique le pourquoi d'une note aussi élevée... malgré ma déception à sa lecture.

Le quatrième tome renouant à priori avec les débuts, je m'en irai le lire... Je ne voudrai pas louper la fin de cette série.

Série : Les Extraordinaires et Fantastiques Enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé

  1. Rue Farfadet (chroniqué)
  2. Avant le déluge (chroniqué)
  3. Confessions d’un elfe fumeur de lotus (chroniqué)
  4. De bois et de ruines (non lu)

Le Gambit du renard - L'Univers de l'Hexarcat, tome 01 / Yoon Ha Lee

Couverture livre - critique littéraire - Gambit du Renard - Tome 01 de l'Univers de l'Hexarcat - Yoon Ha Lee

Récit

Le capitaine Kel Cheris tombe en disgrâce après avoir utilisé des armes non conventionnelles lors de sa dernière affectation.
À sa grande surprise, elle est promue général à titre temporaire par le commandement Kel qui lui confie une mission d’une importance vitale pour l’Hexarcat, le système des six factions : mater une hérésie en cours dans la forteresse des Aiguilles Diffuses. Seulement cette promotion est assortie d’une terrible condition : ancrer en elle l’esprit du général Shuos Jedao, ancien traître et fou sanguinaire mort depuis des siècles, mais stratège de génie qui n’a jamais perdu une bataille.
Que cachent les six factions à Kel Cheris? Que sait exactement Jedao et, surtout, qui fut-il réellement ?

Science-Fiction ou pas science-fiction ?

Pour commencer sur ce livre, ouvrons sur la difficulté à classer certains livres dans les fameuses catégories littéraires. Et ce qui est bien avec ce livre, si vous vous donnez la peine de faire le tour, c'est que vous le trouverez classer en au moins 4 catégories, à savoir space-opéra, SF-militaire, hard-sf et space-fantasy.

De mon côté, vous le trouverez en SF-militaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que la thématique principale reste la guerre, les batailles, la stratégie / tactique et les intrigues qui tournent autour. Et comme je ne m'autorise à mettre un livre que dans une seule catégorie (sinon ça serait trop le boxon), et bien voilà.
Cela étant dit, les autre classifications sont loin d'être non étayée (sauf une à mon sens). Contradictoire quand on voit la définition de ces classements ? Et bien pas tellement.

Reprenons donc :

  • SF-militaire : cf. supra. Le cœur du livre est un livre de SF-militaire.
  • Space-opéra : alors pour le coup oui, on est dans l'espace. Mais c'est à mon sens pas suffisant. Pour moi le space-opéra doit nous faire découvrir un univers, différentes planètes, etc. Pour le coup, on va rester centré sur une même zone, et ça me semble trop limité pour le raccrocher principalement à cette catégorie
  • Hard-SF : alors d'une certaine manière oui. L'ensemble du livre est basé sur des règles qui découlent de paradigmes établis dans le cadre du livre. La logique mise en œuvre ressemble donc à de la Hard-SF. Mais de la light-Hard-SF dans ce cas, si je puis dire. Car de facto, les règles sont peu explicitées et ne ressemblent que de loin à des principes physiques. C'est donc une structuration qui peut s'en rapprocher par certains aspects, mais on est loin de la vraie Hard-Science. Ceux qui ne peuvent sentir ce courant peuvent donc se rassurer.
  • Space-fantasy : alors clairement on est dedans. Les armes et équipements à singularité ressemble plus à une magie mathématique (les technomagiciens ont pris le pouvoir) qu'à de la science. Et si le cœur du récit n'était pas la guerre (physique ou psychologique), c'est sous cette dernière référence que je l'aurai classé.

En bref : méfiez-vous de la classification de ce livre, on est clairement à la croisée des chemins.

Impression

Ce livre est clairement difficile d'accès.
D'une part on est placé directement dans l'univers, sans explication d'introduction. Personnellement j'adore ce procédé qui me force à réfléchir et à faire des hypothèses sur le fonctionnement de l'univers décrit, mais ça n'en rend pas l'accès simple.

Mais ici, il faut rajouter une introduction dans un univers qui semble être de la Hard-SF, avec des lois et des mathématiques... mais qui s'appuient sur des concepts hautement non mathématique.

Finalement, c'est à la fois très intéressant comme univers, mais y a moyen de perdre facilement les lecteurs, y compris les habitués de la Hard-SF, tant ce côté Hard-SF n'est principalement qu'apparence.

Alors pour vous éviter de passer à côté, je vous propose une introduction à l'univers, rapide et non exhaustive, mais qui devrait permettre de ne pas souffrir les premiers chapitres (oui c'est cadeau).

Fonctionnement de cet univers

Dans cet univers, il y a 2 sortes de technologies :

Les technologies dites invariantes qui sont celles que vous pourrez trouver dans tout bon livre de SF. Et les technologies dites à singularité. Ces dernières, pour fonctionner, s'appuient sur l'utilisation d'un « Haut-calendrier » qui permet de produire des effets quasiment magique.

Toute la société de l'Hexarcat (et sa suprématie militaire notamment) s'appuie sur l'utilisation de ce Haut-calendrier qui, par l'utilisation de mathématiques spécifiques permet d'en tirer des effets.
Sachez que ce Haut-calendrier n'est actif que du fait de la croyance d'un peuple en ce calendrier, et que de ce fait, tout un ensemble de « rituels » sont associés pour renforcer cette croyance, et de fait, renforcer l'utilité de ce Haut-calendrier.
À titre d'exemple d'utilisation, vous trouverez l'utilisation de formation de combat des unités d'infanterie. Selon la position de chaque homme et femme de la section, des effets types bouclier / vision / etc. s'appliquent.

Je vous laisserai découvrir les multiples armes qu'ont pu ainsi inventer l'Hexarcat, mais une chose est facilement mise en évidence : l'utilisation de singularités dépasse largement l'équivalent en technologie invariante, et c'est ce qui permet à l'Hexarcat de se maintenir en place.

Maintenant, je ne sais pas si vous l'avez vu venir, mais qui dit que toute cette technologie et suprématie se base sur la croyance d'un peuple en des rituels, dit que penser autrement, c'est nuire à l'Hexarcat. Et de fait, les hérésies en viennent à modifier le Haut-calendrier, et de fait, à rendre caduque (ou pire) la technologie singulière et donc transformer l'hexapuma hexarcate en chaton (enfin pas à ce point, mais quand même).

Voilà, avec ça, vous comprendrez sans doute mieux les premiers chapitres et le pourquoi l'Hexarcat prend si au sérieux une hérésie, surtout en son sein.

Le contenu

La section précédente vous décrit le fonctionnement de la « technologie » singulière (entre guillemet, car bon, ça ne s'applique pas qu'aux objets technologiques, mais aussi à la psyché humaine ou bien aux figures que les soldats forment par exemple).

Et cette technologie donne une couche space-fantasy très sympathique à ce livre. Cette dernière est d'ailleurs exploitée intelligemment et de manière cohérente.

La gouvernance de ce monde est un régime totalitaire où 6 familles intriguent pour faire monter sa famille au détriment des autres. Chaque famille possède une fonction principale telle le combat pour les Kel, l'espionnage et la stratégie pour les Shuos, etc. Les querelles entre ces familles étant clairement le moteur de la situation et source de rebondissements liés aux contraintes politiques.

Côté scénario, on est sur du classique de SF-militaire : une insurrection qu'il faut mater et qui prend lieu dans une place forte inexpugnable. Il faut donc faire appel à un génie militaire pour tenter de sortir des ornières. Mais ce génie a un passé trouble et fort déplaisant à son actif.

Les 2 personnages principaux sont donc à l'opposé l'un de l'autre, et évidemment, quand un génie de la stratégie est aux manettes, on peut se douter que pas mal de choses ne sont pas spécifiquement anodines... Mais encore faut-il mettre le doigt dessus dans un univers passablement différent du nôtre.

Les personnages principaux sont denses, chacun avec leurs points forts et faiblesses, et le scénario joue dessus, rendant l'ensemble intéressant à lire et très intéressant à voir comment les personnages évoluent les uns au contact des autres.

L'écriture est fluide et une fois compris les notions de base de l'univers, on se laisse emporter facilement dans le récit.

Note

Un 17/20 pour ce livre.
Ce tome est intéressant par le traitement que j'ai trouvé inattendue de la SF en mode space-fantasy mathématique. Ajoutez à cela de la SF-militaire qui fait la job et des personnages intéressants, on se laisse sans problème entraîner dans cet univers.
Et clairement à la fin de ce tome, je souhaite continuer la lecture de cette saga pour savoir de quoi il retourne en terme d'histoire et comment cela va se terminer.


Série : L'Univers de l'Hexarcat

  1. Le Gambit du renard (avis)
  2. Le Stratagème du corbeau (non lu)
  3. [Revenant Gun (non traduit)]

La Magnificence des oiseaux - Une Aventure de Maître Li et Bœuf Numéro Dix, tome 1 / Barry Hughart

Couverture livre - critique littéraire - La Magnificence des oiseaus, tome 1 des aventures de Maître Li et Bœuf Numéro Dix de Barry Hughart

Récit

Pour lutter contre une épidémie pour le moins singulière — puisqu'elle sait compter et ne touche que les enfants de son village — Bœuf Numéro Dix se rend à Pékin le jour de son dix-neuvième anniversaire. Là, il rencontre un vieil alcoolique, un sage qui bien des années auparavant fut célèbre sous le nom de Maître Li. De retour au village de Kou-Fou, tous deux découvrent sans mal que Fang le prêteur sur gage et Ma le Grigou ont empoisonné les enfants par erreur. Les deux coupables ont pris la fuite, mais il reste à guérir les enfants...

Ainsi commence la première enquête de Bœuf Numéro Dix et Maître Li, dans une Chine qui ne fut jamais, où la recherche de la Grande Racine de Pouvoir les conduira à briser la terrible malédiction qui pèse sur la princesse aux oiseaux...

Impression

Vous découvrez avec ce livre un conte. Plein d'humour, extravagant à souhait, le récit nous emmène découvrir une Chine mythique pour y suivre 2 personnages principaux dans des aventures plus ou moins loufoques.

Je ne m'y connais pas du tout en conte chinois, je ne m'avancerai pas à dire si la structure de ce livre reprend donc celle des contes chinois, mais on y retrouve un schéma très semblable à nos contes de par chez nous, le monde mirifique de la Chine en plus.
Et question imagination et immersion, le paris est gagné haut la main.

Côté histoire, 2 tendances coexistent. La première est un effet que j'appellerai « manga » : ce conte est une succession d'aventures (épreuves) que les protagonistes traversent et qui se répètent l'une après l'autre. C'est ici que l'effet manga se loge : la structure de chaque aventure est toujours la même, et force est de constater que si ça marche bien quand on est enfant, à la troisième itération, ça m'ennuie. Heureusement que je découvre l'univers des contes chinois donc.
La seconde tendance, c'est que malgré cette simplicité présentée par cette réitération de structure objectif / aventure / échec / victoire, la trame principale liant tous ces évènements est à contrario très bien posée et se laisse découvrir au fil de l'aventure. Et cette trame, sans être particulièrement originale, est bien amenée et permet de produire des rebondissements dans le questionnement d'où veut en venir l'auteur pendant la lecture.

Mais au final, la véritable force de ce récit tient, selon moi, dans les personnages truculents qu'on y rencontre.
Comment ne pas aimer le sage Maître Li, vieux puits de connaissances à la moralité douteuse et à la sagesse particulière qui ne cesse de regretter ses 90 ans (comme quoi la dive bouteille conserve, même en Chine - il faut dire que le divin touche la vacuité dans ce cas. [Comment ça jouer sur l'anagramme dive / vide est capilotracté ?]).
Bœuf Numéro Dix est quant à lui attachant dans sa naïveté et est à la fois un très bon contrepoint au sage Li mais aussi son parfait complément. Car là où la raison et l'intelligence de Li supplante Bœuf, il le supplante pareillement sur le plan physique et moral.
Et au-delà de ces 2 personnages principaux, on rencontrera des personnages secondaires tout aussi truculents, au point qu'on apprécie par avance l'arrivée de ceux qui sont récurrents (la structuration du récit aidant à savoir quand ils arriveront).

Note

Un 15/20 pour ce livre.
Ce conte chinois n'est pas parfait et la répétition des schémas objectif / épreuve / défaite / victoire peut lasser, néanmoins cet éceuil est clairement dépassé par la beauté de l'univers exposé (que je ne connais pas par ailleurs), la truculence des personnages croqués et dans une moindre mesure, un fil rouge qui relie parfaitement les différents évènements, donnant un sens à cette série d'éléments d'apparence stochastique.

Je lierai la suite, car somme toute, les personnages croqués sont particulièrement plaisants.

Série : Les Aventures de Maître Li et Bœuf Numéro Dix

  1. La Magnificence des oiseaux (avis)
  2. La Légende de la pierre (non lu)
  3. Huit honorables magiciens (non lu)

La Maison des chaînes - Le Livre des Martyrs, tome 04 / Steven Erikson

Couverture livre - critique littéraire - La Maison des chaînes, tome 4 du Livre des Martyrs de Steven Erikson

Récit

Au nord de Genabackis, un groupe d’incursion mené par trois guerriers teblors descend de la montagne dans le but de ravager les plaines méridionales occupées par les basse-terriens qu’ils honnissent. Pour le dénommé Karsa Orlong, ce raid marquera le début d’une extraordinaire destinée.

Quelques années plus tard, Tavore, la nouvelle Adjointe de l’Impératrice, débarque dans le dernier bastion de Sept-Cités encore aux mains des Malazéens après les événements dramatiques de la Chaîne des Chiens. Nouvelle à son poste de commandement, elle devra aguerrir douze mille soldats fraîchement recrutés pour la plupart — à l’exception d’une poignée de vétérans ayant survécu à la légendaire marche de Coltaine — afin de former une armée capable de renverser les hordes de l’Apocalypse qui se terrent au cœur du Saint-Désert.
Tandis que les Grands Prêtres et les généraux de Sha’ik se livrent à une lutte de pouvoir qui menace l’âme même de la Rébellion, d’obscures forces se rassemblent autour de Raraku et de son mystérieux Tourbillon.

Dans le Naissant, Onrack, un T’lan Imass perdu, libère de ses fers le Tiste Edur Trull Sengar, abandonné et banni par ses semblables ; tous deux vont dès lors se lancer dans une longue odyssée pour rejoindre leur domaine d’origine.

Sur Avalii la dérivante, une sanglante confrontation ravive les inimitiés qui règnent entre les trois garennes primordiales, forçant Ammanas et Cotillon à sortir de leur réserve. Et au cœur de Kurald Thyrllan, les Tistes Liosan sont aux abois : Osric, leur dieu, a disparu, et personne ne semble savoir où il est.

Un terreau propice à l’avènement de la Maison des Chaînes du Dieu Estropié qui, en secret, poursuit son inquiétant recrutement...

Impression

Quatrième tome de cette décalogie, nous voici faisant suite aux évènements ayant eu lieu dans Les Portes de la Maison des morts, c’est-à-dire le seconde tome. Car oui, Erikson semble vouloir se faire suivre 2 trames entre numéros pairs et impairs. La suite nous dira si ce schéma reste vrai.

Ce qui est sûr, c'est que dans le cadre du récit, l'auteur ne fait pas de redite. En effet, pour les grandes trames (très grosses mailles vu la densité des différents récits) :

  • Dans le premier tome, nous avions le droit à une bataille dantesque pour la prise d'une cité suivie d'une mission d'infiltration dans un panier de crabe.
  • Dans le second tome, c'était l'insurrection de Sept-Cités qui étaient à l'honneur avec principalement le périple d'une armée en fuite, son courage et tout ce qui tenait de l'épique à l'honneur.
  • Dans le troisième tome, c'était une guerre totale qui y était décrite, avec son lot de massacres et de résistances épiques.
  • Dans ce quatrième tome, on est sur la montée de tension liée à l'approche de grands événements, ainsi que la découverte d'un nouveau personnage qui possède à lui seul une bonne partie du récit - fait qui n'était jamais survenu jusqu'à présent.

Pas de doute, en termes de structuration du récit, Erikson sait varier les plaisirs.

Karsa Orlong

Karsa Orlong

La première partie du récit (les 250 premières pages quand même) ne concerne que la découverte de Karsa Orlong, un teblor (ou Telomen Toblakaï suivant les régions) avant de rejoindre les autres trames narratives de ce tome.
Karsa est un guerrier rude, malsain même, totalitariste pour lequel les valeurs comme tuer son ennemi, violer ses femmes et ne faire montre d'aucune faiblesse va de soi et doit s'imposer aux autres. Aux autres teblors d'ailleurs car il ne fait pas de doute que les humains qui ne sont pas trop loin de leur territoire ne sont considérés que comme du gibier et qu'il s'est mis en tête d'aller en massacrer pour l'honneur de ses dieux.

On a donc un personnage qui stigmatise totalement l'anti-héros, que l'on devrait détester et qui pourtant, dans son traitement par Steven Erikson se voit entouré d'une aura qui arrive à nous le faire apprécier (à défaut d'aimer) malgré ces quelques menus défauts - d'autant plus qu'on voie assez rapidement le fait qu'il se fait manipuler par de nombreux protagonistes.

Sept-Cités

Tavore Paran

En second lieu, nous nous retrouvons avec l'ajointe Tavore Paran, sœur de Ganoes qu'on a beaucoup rencontrée dans les tomes 1 et 3, mais aussi grande sœur de Félisine alias Sha'ik réincarnée, alias la chef de la révolte de Sept-Cités.

Dans cette partie, nous assisterons à la montée de la pression pour le futur affrontement entre les Malazéens (armée mal préparée et surtout inexpérimentée) et les insurgés (armée de vétérans mais rassemblant divers clans / tribus qui ne sont pas particulièrement copains comme cochons) avec pour chapeauter l'ensemble cette lutte sororicide.


Raraku

Un « personnage » émerge de plus en plus dans le roman, c'est le désert Raraku lui-même, notamment au travers de ce qu'il est réellement et de comment chacun veut l'utiliser. En effet, le désert n'est clairement pas un désert classique. Siège de la naissance du Tourbillon. Celui par qui les Brûleurs de Ponts ont été formés. Ce livre dévoile un petit pan de son histoire.

Raraku et le mur de sable de Dryjhna

Ça donne quoi alors ?

Et bien que du bon. Malgré tout ce que les 3 premiers tomes ont pu nous apprendre, force est de constater qu'on n'a fait qu'effleurer le contenu du background de cet univers. Et clairement, on voit qu'il se forme sur plusieurs (centaines de) millénaires et que les implications des premiers peuples sont encore en train de se jouer aujourd'hui.

Toujours le plaisir de voir les Dieux traités au même rang que les humains (comprendre que s'ils s'impliquent ils risquent gros, et que ceux qui ne font rien... peuvent se retrouver pris dans les plans d'un autre).

Le récit est plus lent que les précédents. On y voit monter la tension épique touche par touche. Et quelque part je trouve que c'est très bien joué. En effet, on a eu la marche de Coltaine pour la partie épique... là, la marche de Tavore nous apporte une tension qui monte et parrallèlement, on ne peut s'empêcher d'avoir en tête la Chaîne des chiens, et c'est ce qui rend cette tension tellement palpable, comme un fantôme qui suit la XIV armée.
Et le tout mâtiné de combats splendidement retranscrits et d'une bataille finale pleine de rebondissements.

L'histoire qui sous-tend la décalogie commence à se préciser : la lutte pour la survie de ce monde face aux forces que le Dieu Estropié met en branle, tout en étant rendue plus floue par l'interdépendance des inimitiés qui existent entre les grandes puissances. Et ce sans parler des intentions de chacun qui, tout en restant les mêmes, selon l'éclairage peuvent paraître plus ou moins légitimes, plus ou moins justes.
Les intrigues sont donc toujours de la partie, même si ce tome en apporte moins que les précédents tomes, sans doute lié au caractère de notre teblor qui a tendance à trancher dans le vif... même s'il n'est pas le dernier à y contribuer paradoxalement.

Enfin, ça devient une habitude, une sublime couverture vient parachever cette œuvre. On ne peut que remercier Marc Simonetti pour la beauté des couvertures qu'il produit pour cette édition.

Note

Un 20/20 pour ce tome.

Ce tome, plus lent que les précédents, manie principalement la tension qu'il fait naître chez le lecteur, nous précipitant petit à petit vers une situation qui nous semble inexorable. Une partie très réussie, sans compter l'histoire qui s'étoffe toujours plus, des intrigues qui se nouent et se dénouent et cette capacité de l'auteur à nous faire aimer ses personnages, même les plus odieux.
La découverte de l'univers continue de nous surprendre et est toujours un régal.

Au final, je ne peux que vivement vous encourager à lire cette saga et ce tome. Du plaisir à l'état pur.
Complexe, riche, et ô combien bien construit. Continuez avec moi dans ce superbe univers !

Série : Le cycle malazéen

Le livre des Martyrs

  1. Les Jardins de la Lune (avis)
  2. Les Portes de la Maison des morts (avis)
  3. Les Souvenirs de la glace (avis)
  4. La Maison des chaînes (avis)
  5. Les Marées de minuit (non lu)
  6. Les Osseleurs (non lu)
  7. Le Souffle du Moissonneur (prévu 2021)
  8. La Rançon des Molosses (prévu 2021)
  9. Poussières de rêves (prévu 2022)
  10. Le Dieu estropié (prévu 2022)

Novels of the Malazan Empire

  1. [Night of Knives (non traduit)]
  2. [Return of the Crimson Guard (non traduit)]
  3. [Stonewielder (non traduit)]
  4. [Orb, Sceptre, Throne (non traduit)]
  5. [Blood and Bone (non traduit)]
  6. [Assail (non traduit)]

Path to Ascendancy

  1. [Dancer's Lament (non traduit)]
  2. [Deadhouse Landing (non traduit)]
  3. [Kellanved’s Reach (non traduit)]

The Kharkanas Trilogy

  1. [Forge of Darkness (non traduit)]
  2. [Fall of Light (non traduit)]
  3. [Walk in Shadow (en cours d'écriture)]

The Witness Trilogy

  1. [The God is Not Willing (à paraître)]

Tales of Bauchelain and Korbal Broach

  1. [Blood Follows (non traduit)]
  2. [The Healthy Dead (non traduit)]
  3. [The Lees of Laughter's End (non traduit)]
  4. [Crack’d Pot Trail (non traduit)]
  5. [The Wurms of Blearmouth (non traduit)]
  6. [The Fiends of Nightmaria (non traduit)]


Mordre le bouclier - Chien du heaume, tome 2 / Justine Niogret

Couverture livre - critique littéraire - Mordre le bouclier de Justine Niogret

Récit

Castel de Broe, six mois ont passé depuis la mort de Noalle et Chien du heaume, anéantie par la perte de ses doigts, s’abîme dans la contemplation de sa griffe de fer, cadeau de Regehir le forgeron.

Bréhyr entend lui redonner vie et l’entraîne sur les routes à la recherche du dernier homme qu’elle doit tuer : Herôon. Parti en Terre sainte, celui-ci reviendra par le Tor, une tour mythique où le monde des vivants s’ouvre à celui des morts.

Les deux guerrières remontent alors le sillage de sang, de larmes et de pourriture des croisades, arpentant côte à côte la voie de la folie et de la vengeance.
Dans ce calvaire, Chien rencontrera Saint Roses, chevalier à la beauté d’icône, au savoir de maestre et dont la foi s’est érodée au pied des hautes murailles de Jérusalem. Une faible lueur qui annonce peut-être un espoir de rédemption.

Impression

Second tome d'un dyptique (cf. ici pour la critique du premier tome), la lecture du premier tome est indispensable. En effet, ce second tome reprend quelques mois après la fin de Chien du Heaume pour poursuivre l'histoire de la quête.

Dans ce second tome, on reste avec une histoire et une écriture dure et sans concession.
Les personnages restent particulièrement complexes, et même plus puisqu'on va pouvoir les voir aller jusqu'à leurs points de rupture psychologiques et voir ce qu'il en résulte.
Néanmoins on change de registre dans la façon dont l'histoire est contée. Finie le récit de morceaux de vie qui suivent un fil directeur. On rentre dans quelque chose de plus classique : cette fois-ci, on suit une intrigue d'un bout à l'autre.
Plus de passage de vie qui s'organisent autour d'un même fil rouge sans autre soucis que d'arriver à Chien du Heaume. Non, ici on suit sa quête réelle jusqu'à son terme. On est donc retourné dans un style de narration plus classique, ce qui n'est pas forcément un mal car, après le premier tome, on avait découvert déjà pas mal de chose sur le personnage ; même si on découvre toujours un peu plus Chien dans ce tome.

Dans ce tome, on met l'accent sur les limites des différents protagonistes. Que cela soit Chien, la Salamandre et Bréhyr que l'on a découvert dans le précédent tome, ou de nouveaux comme Saint-Roses et sa compagne de route.
Tous ont en commun d'être arrivé au point de rupture et le traitement de comment on en sort après cela est à la fois complexe mais bien amené - notamment par l'action qui évite de se morfondre dans une simple psychologie de personnages.

Question scénario, ce n'est clairement pas le point fort de ce roman. Le récit est somme toute très linéaire, et l'on a le temps de voir les choses arrivées.
On peut même considérer que ce dernier est très capilo-tracté car je n'ai clairement pas vu ce qui permettait tant d'assurer à chaque protagoniste la certitude de trouver sa Némésis si ce n'est une attitude mystique et fataliste encore plus prononcée que dans le premier tome.

Question background, on est sur une période moyenne-âgeuse, avec l'univers dur et rustre qui y est associé. Le côté Fantasy apparait plus dans ce second tome en partie sous la forme divinatoire, mais aussi en accompagnement de la folie, ce qui la rend difficile à distinguer des simples délires... mais ces derniers ayant des conséquences, difficile de ne les laisser qu'au coin des rêves animés.

Enfin, la plume de l'auteur est toujours aussi vive et acérée. L'atmosphère est clairement soutenue par cette écriture qui sait manier onirisme et réalisme du plus bas étage.

Note

Un 15/20 pour ce livre.

Cette suite est moins entrainante que le premier tome. On y perd principalement en revenant à un système de narration plus classique, ce qui est d'autant plus souligné que le scénario n'est toujours qu'une annexe à la découverte des personnages et de leur cadre de vie.

Un livre à lire principalement parce qu'il est la suite du précédent tome, et que ça serait dommage de ne pas connaître la fin, mais qui, même s'il est bon, est un ton en dessous du premier.
Mon conseil : lisez les deux l'un à la suite de l'autre. Ainsi vous n'aurez pas la perte de plaisir lié à un livre moins novateur que le précédent puisque, somme toute, ce n'est que la suite de la première histoire.

Série : Chien du heaume

  1. Chien du heaume (avis)
  2. Mordre le bouclier (avis)

Chien du heaume - Chien du heaume, tome 1 / Justine Niogret

Couverture livre - critique littéraire - Chien du Heaume de Justine Niogret

Récit

On l'appelle Chien du heaume parce qu'elle n'a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broe. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d'une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l'épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre...
On l'appelle Chien du Heaume parce qu'à chaque bataille, c'est elle qu'on siffle.

Dans l'univers âpre et sans merci du haut Moyen Âge, loin de l'image idéalisée que l'on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu'elle a de plus cher, son passé et son identité.

Impression

Pour commencer, une fois n'est pas coutume, autant vous dire qu'heureusement qu'on m'a conseillé la lecture de ce livre. En effet, je ne sais pas vous, mais moi c'est pas la lecture de la quatrième de couverture qui m'éclaire beaucoup sur le contenu de ce livre ni qui me donne spécialement envie.

Pour en revenir au contenu du livre, en premier lieu, Chien du heaume est un livre noir. Noir au sens où l'ensemble de l'histoire ressasse un sentiment prégnant, distillé par l'ensemble des personnages : la solitude.
Solitude des protagonistes qui, chacun pour leur⋅s raison⋅s, s'isole des autres, vivant avec eux, mais sans y être vraiment ou en se mentant à lui-même.
Solitude de la nature aussi où l'on suit Chien au gré de ses pérégrinations mais qui ne sont que des chemins esseulés entre villages (quand on a de la chance).
Solitude enfin car, dans ce récit, on sent bien qu'on raconte l'histoire d'un monde sur le point de changer. Dans ce tome, seul le sentiment existe, est ressenti. On ne pourra mettre les mots dessus qu'à la situation du second tome, où l'on peut déduire que l'histoire se passe au retour de la première Croisade. Néanmoins, même sans mots, on sent un monde qui se meurt, un monde d'un autre temps, un monde qui va bientôt cesser d'être pour laisser place à un nouveau... Laissant donc les derniers représentants de l'ancien monde... seuls justement.

Le point fort de ce livre, ce sont les personnages.
Durs, complexes, chacun ayant ses forces et ses faiblesses, mais surtout chacun ayant reçu une blessure profonde autour de laquelle s'est forgé son caractère, si ce n'est sa vie.
Alors évidemment, on suit Chien qui est une mercenaire, on n'est donc pas avec des enfants de chœur, mais avec des survivants. De ceux qui ont réussi à ne pas mourir de froid et de faim, qui ont appris à se battre.
Mais on les voit tous vaciller au gré de sentiments qui pourraient éreinter leur solitude et d'évènements qui érodent leurs certitudes. Certains les masquent, d'autres les vivent pleinement, d'autres enfin se voient comme ils ne sont pas. C'est un univers terne qui est dépeint et qui pourtant nous entraîne dans ce récit, dans la découverte de ce « monde », plein de rage et de fureur, mais aussi de moments lents à passer. Un monde accordé aux saisons. De fols étés et de longs hivers.

Le récit est très particulier. On a le récit d'un morceau de vie de Chien du heaume. Récit qui retrace ce morceau de vie, avec son objectif : retrouver son nom, mais surtout ses errances, ses aventures et ses doutes.
Le récit n'est pas guidé par un fil rouge directeur, retraçant une histoire, mais par le passage du temps au cours duquel les évènements vont s'agglutiner.
Et pour le coup, je parle bien d'objectif de vie et non de quête, parce que franchement, cet objectif est la fois la raison de vivre de Chien, mais n'est clairement pas le cœur de ce récit.
Il faut donc accepter de se laisser glisser au fil des pages, en notant pour après ces éléments qui referont surface plus tard.

De ce fait, question scénario, c'est pas ce qui se fait de mieux, et notamment de grosses ficelles sont visibles et parfois on se dit que la vie fait quand même bien les choses à certains égards.
Néanmoins ce livre se lit non pas pour le scénario mais pour son ambiance et ses personnages.

Question background, on est sur une période moyenne-âgeuse, avec l'univers dur et rustre qui y est associé. Le côté Fantasy apparaissant que de manière sous-jacente - principalement divinatoire, mais pas que, le chevalier Salamandre en est la preuve on ne peut plus physique.

La plume de l'auteur est vive, acérée, tranchante. L'atmosphère est clairement soutenue par cette écriture qui sait manier onirisme et réalisme du plus bas étage.

Note

Un 17/20 pour ce livre.
Un livre différent de ce que j'ai pu lire jusqu'à lors. On se surprend à suivre un conte, mais qui prend son temps, à la fois fait de sentiment gris et sombre en fond, mais émaillé de pointes de couleurs, de sentiments vifs et ardents. Un livre très plaisant à lire et qui amène à une découverte en termes de style de narration.

En tout état de cause je lirai la suite, ne serait-ce que pour connaître le fin mot de l'histoire, la fin étant sans doute la partie qui m'a le moins parlé dans cette histoire.
La suite est disponible
ici

Série : Chien du heaume

  1. Chien du heaume (avis)
  2. Mordre le bouclier (avis)