Le Diseur de mots - La Lyre et le glaive, tome 1 de Christian Léourier

Couverture livre Le Diseur de mots de Christian Léourier - critique littéraire -

Récit

Depuis l’accession au pouvoir du hartl Skilf Oluf’ar, la paix règne et la commanderie du Solkstrand prospère.
Lorsqu’on lui refuse le passage d’un pont parce qu’il ne peut s’acquitter du péage, Kelt prédit l’effondrement de la construction. Ainsi sont les diseurs de mots : ils possèdent de drôles de dons, jamais ils ne mentent et, affirme-t-on, leurs vérités ensorcellent.

Arrêté et livré aux geôles du seigneur local, Kelt doit démontrer son innocence lors d’une ordalie. Hòggni, un mercenaire en mal de contrats, accepte de le représenter puis remporte le duel. Toutefois, vexé de sa défaite, le seigneur les missionne alors au Heldmark, où le culte d’un dieu unique se répand plus vite que la peste…

Remerciements

Ce tome m'a été offert dans le cadre de l'opération « Masse Critique » de Babelio. Je remercie Babelio et les éditions Critic pour m'avoir fait découvrir ce livre.

Impression

Pour commencer, je connais l'auteur de renom principalement - et pour son écriture en Science-Fiction - n'ayant lu de lui qu'une nouvelle, en attendant d'attaquer son fameux cycle de Lanmeur (mais j'ai les bouquins... Donc il suffit d'attendre comme on dit).
C'est donc d'un œil neuf que j'aborde cet auteur.

Et là, ne passons pas par quatre chemins : mais quelle plume !
La plume de Ch. Léourier est juste envoûtante. Des mots qui tombent justes. Des mots qui emportent. Des mots qui arrivent à créer un monde plein d'exotisme tout en assurant un lien sans faille.
Un pur délice. À un tel point qu'avec le recul, c'est bien ce qui ressort de ce livre.

Côté rythme, celui-ci est globalement contemplatif, permettant à la fois de découvrir l'univers de ce monde, mais aussi de s'imprégner des multiples conséquences de la géopolitique locale qui se découvrent au fil du livre.
Pas d'action à outrance donc, même s'il serait particulièrement faux de dire qu'il ne se passe rien - les scènes d'actions voyant le temps se condenser - tout en gardant cette rythmique si naturelle à la lecture.

L'histoire en elle-même permet d'une part de chercher, à travers les péripéties qui arrivent aux héros principaux, à découvrir ce qui se cache derrière tous les non-dits, derrière la magie du Diseur de Mots qui semble à la fois connue, mais mal comprise, crainte mais recherchée et surtout redoutée par le Diseur de Mots lui-même.
D'autre part, l'histoire est bien dense. Les retournements de situation ne sont pas légions, mais l'ensemble s’accommode bien avec le rythme du récit et reste toutefois suffisamment complexe / crédible pour ne pas en faire pâtir la lecture.

Côté personnage, les principaux personnages sont très bien dépeints, et heureusement, car du fait que chaque personnage possède plusieurs noms (un public et un privé) et qu'ils sont utilisés alternativement selon les situations, il aurait été facile de s'y perdre. Ici, la confusion n'est que rarement de mise tant chaque personnage est dépeint avec une "saveur" particulière. Rien qu'à la lecture d'un dialogue ou d'un comportement, on sait de suite qui est l'objet du récit. Ça et le fait que le nombre de personnages est relativement restreint, il faut bien le dire.

On pourra notamment apprécier vivement 2 des 3 personnages essentiels de ce tome, à savoir notre Diseur de mots, magicien qui ne peut mentir (une sorte d'Aes-Sedaï naïf pour ceux qui connaissent la Roue du temps) aux pouvoirs... intrigants si je puis dire.
On trouvera aussi dans Hòggni, ce mercenaire à tête de sanglier qui est sans doute le personnage le plus philosophe, un personnage particulièrement attachant.
J'ai personnellement eu plus de mal avec Fille Farouche, de par son caractère qui se veut réfractaire à l'autorité, mais qui se coule à mon sens trop facilement dans son acceptation du destin et de sa situation personnelle.
Gageons que cela pourra changer au regard du titre du second tome.

Note

Un 19/20 pour ce livre.
En bref, cette lecture est un vrai plaisir que je ne peux que vous conseiller. Avec un mot principal qui ressort : envoûtement.
Je lirai évidemment le second tome de ce diptyque dès qu'il sera sorti (ou que ma PAL m'en laissera l'occasion).

Série : La Lyre et le glaive

  1. Le Diseur de mots (avis)
  2. Danseuse de corde (à paraître en 2020)

Les Annales du Disque-Monde par Terry Pratchett - vue globale

Guide d'ordre de lecture des annales du Disque Monde

Objectif

Cet article est réalisé dans le but de fournir un support autonome aux chroniques que je ferai sur les Annales du Disque-Monde.

Vade-mecum ou c'est par où qu'on commence à lire

Pour commencer, il est bon de savoir que le sens de lecture est donc au choix, soit par ordre de sortie, soit en commençant par le premier tome d'un cycle.
Les tomes d'un même cycle reposent sur une histoire ayant un même fil rouge et avec des protagonistes pouvant varier mais traitant d'un même sujet. En effet, les différents cycles sont globalement indépendants entre eux, faisant intervenir des « héros » à part.

Leur interaction est principalement liée au fait que tout se passe dans le même monde, mais pas aux mêmes endroits. Cela explique que sauf certains points de détails, s'aventurer dans un cycle particulier sans lire les autres n'est pas problématique du tout.

Guide d'ordre de lecture des annales du Disque Monde
Crédit : The L-Space Web

Les différents cycles traitent des éléments suivants :

  • Le cycle de Rincevent suit principalement les pérégrinations de Rincevent, « maje » de son état. À noter que la magie dans le disque-monde est... particulière. Plus généralement, ce cycle traite des mages de l'Université de l'Invisible et de leur art.

  • Le cycle des Sorcières nous amène à côtoyer les sorcières et leurs pouvoirs (qui ne sont pas les mêmes que ceux des mages précédents... mais alors pas du tout. Rien d'aussi grossier n'est-ce pas.). Ce cycle est littéralement jouissif, le meilleur de toutes les annales à mon humble avis.

  • Le cycle de la Mort, où l'on suit les pérégrinations, questionnements et autres activités de la Mort. Personnage mythique des Annales, ce cycle est au coude à coude niveau plaisir avec celui des Sorcières.

  • Le cycle du Guet, où l'on suit Vimaire et sa clique, et où l'on découvre la naissance de la police moderne, mais aussi la vie dans la grande ville d'Ankh-Morpork.

  • Le cycle des anciennes civilisations où il est question de la mythologie du Disque-Monde.

  • Le cycle du progrès où les merveilles de l'industrialisation viennent côtoyer la magie du Disque-Monde. Sans doute l'un de cycle que j'aime le moins.

  • Les cycles des romans pour jeunes et scientifique sont à part, car se passant dans l'univers du Disque-Monde, où l'expliquant, mais sans faire vraiment partie des Annales.

Mais, la question qui pend à vos lèvres est peut-être : mais le Disque-Monde c'est quoi ?
Et bien, le monde de Terry Pratchett est constitué :

  • D'un disque (d'où son nom). C'est donc bien un monde plat.

  • Ce disque est posé sur le dos de 5 éléphants.

  • Eux même reposent sur une tortue géante (la grande A'thuin de mémoire) qui voyage dans l'espace.

  • Enfin la magie y est présente, émanant du moyeu du Disque-Monde, pic gigantesque qui est aussi le lieu où vivent les dieux.

Vous pouvez donc tout de suite voir qu'il s'agit d'un monde Fantasy / burlesque, bourré d'humour.
Oui, mais pas que. Car derrière l'humour et le côté pastiche des (anti-?) héros, chaque annale se voit traiter un sujet particulier, offrant une critique plus ou moins acerbe d'un pan de notre société actuelle.

On notera par ailleurs que le traducteur arrive à rendre la quasi-totalité des nombreux jeux de mots qui émaillent ces lectures. Ce qui laisse donc tout l'intérêt de lire ces livres en français.

Détails de la série : Disque-Monde (Annales et autres récits)

Cartographie des cycles composant le Disque-Monde - Article générique sur le Disque-Monde

Cycle de Rincevent

  1. La Huitième couleur (lu et non chroniqué)
  2. Le Huitième sortilège (lu et non chroniqué)
  3. Sourcellerie (lu et non chroniqué)
  4. Drame de Troll (nouvelle) (chroniqué)
  5. Faust Éric (lu et non chroniqué)
  6. Les Tribulations d'un mage en Aurient (lu et non chroniqué)
  7. Le Dernier Continent (lu et non chroniqué)
  8. Le Dernier Héros (lu et non chroniqué)
  9. Allez les mages ! (lu et non chroniqué)

Cycle scientifique

  1. La Science du Disque-Monde (non lu)
  2. Le globe (non lu)
  3. L'horloge de Darwin (non lu)
  4. Le jugement dernier (non lu)

Cycle de la Révolution industrielle

  1. Les Zinzins d'Olive-Oued (lu et non chroniqué)
  2. La Vérité (lu et non chroniqué)
  3. Le Régiment monstrueux (lu et non chroniqué)
  4. Timbré (lu et non chroniqué)
  5. Monnayé (lu et non chroniqué)
  6. Déraillé (non lu)
  7. Le guide de Mme Chaix (non lu)

Cycle des Sorcières

  1. La Huitième fille (lu et non chroniqué)
  2. Trois sœurcières (lu et non chroniqué)
  3. Les recettes de nounou Ogg (non lu)
  4. Mécomptes de fées (lu et non chroniqué)
  5. Nobliaux et Sorcières (lu et non chroniqué)
  6. Masquarade (lu et non chroniqué)
  7. La mer et les petits poissons (nouvelle) (chroniqué)
  8. Carpe jugulum (lu et non chroniqué)
  9. Les Ch'tits Hommes libres (chroniqué)
  10. Le Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants (lu et non chroniqué)
  11. Un chapeau de ciel (non lu)
  12. L'Hiverrier (non lu)
  13. Je m'habillerai de nuit (lu et non chroniqué)
  14. La Couronne du berger (non lu)

Cycle anciennes civilisations

  1. Pyramides (lu et non chroniqué)
  2. La Mort et tout ce qui s'ensuit (nouvelle) (chroniqué)
  3. Les Petits Dieux (lu et non chroniqué)

Autres

  • L'art du Disque-Monde (non lu)
  • La carte du Disque-Monde (non lu)

Cycle du Guet

  1. Au guet ! (lu et non chroniqué)
  2. Le théâtre de la cruauté (nouvelle) (chroniqué)
  3. Le Guet des orfèvres (lu et non chroniqué)
  4. Pieds d'argile (lu et non chroniqué)
  5. Va-t-en-guerre (lu et non chroniqué)
  6. Le Cinquième Éléphant (lu et non chroniqué)
  7. Ronde de nuit (lu et non chroniqué)
  8. Jeu de nains (lu et non chroniqué)
  9. Rejet par l'Université de procédés diaboliques (nouvelle) (chroniqué)
  10. Minutes de la réunion en vue de concrétiser le projet de fédération de scouts d'Ankh-Morpork (nouvelle) (chroniqué)
  11. Où est ma vache ? (non lu)
  12. Coup de tabac (chroniqué)
  13. Le monde merveilleux du caca (non lu)

Cycle de la Mort

  1. Mortimer (lu et non chroniqué)
  2. Le Faucheur (lu et non chroniqué)
  3. Accros du roc (lu et non chroniqué)
  4. Le Père Porcher (lu et non chroniqué)
  5. Procrastination (lu et non chroniqué)

La Face obscure du soleil de Terry Pratchett

Couverture livre - critique littéraire - La Face obscure du soleil de Terry Pratchett

Récit

L'affaire se passe sur la planète Reverseau. Dom Sabalos est l'héritier de toute une planète, de la première Banque de Sirius et de la fortune colossale qui va avec. Il doit aussi devenir le président du Conseil planétaire.

L'ennui, c'est que quelqu'un cherche à le tuer. C'est bien dommage, parce qu'il s'intéresse à des tas de choses dans la vie, Dom. Il aime dompter des siroccoques qui feulent au crépuscule dans le lagon.
Et puis il aimerait élucider l'énigme des Jokers qui ont semé des artefacts étranges dans tous l'univers. Comme la Tour qui se dresse dans la mer et se perd dans la couverture nuageuse de Reverseau. Ou de gigantesques Chaînes d'Étoiles...

Quelqu'un n'a pas envie qu'il découvre le Monde des Jokers. Mais qui ?
Un adepte du Calcul des Probabilités, sans doute. Ce même Calcul des Probabilités qui l'annonce avec une probabilité de plusieurs millions contre une : Dom mourra assassiné le jour de son premier anniversaire, c'est-à-dire demain. Dommage, dommage...

Impression

Habitué à l'humour britannique via la saga du Guide du routard galactique (H2G2 pour les intimes) de Douglas Adams, le Peuple du tapis et les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett lui-même, j'ai été tenté pour voir comment il se débrouillait dans l'espace.
Et bien je dirai comme ça qu'il s'y est perdu.

Antérieur aux premiers tomes des Annales, ce tome porte les prémices d'un personnage de ces dernières à savoir Rincevent, dont on peut retrouver le caractère « chanceux » et les probabilités sur 1 million qui se réalisent 9 fois sur 10 - la couardise et l’absence de réflexion en moins... Encore qu'ils semblent partager un goût commun pour les activités sans intérêt.
Et autant j'aime beaucoup le personnage de Rincevent, autant ici Dom me laisse ni chaud ni froid.

Peut-être est-ce dû à la construction du livre qui fait que pour suivre, il faut se laisser porter... ce qui laisse le lecteur observateur du livre, mais sans y participer.

Question scénario, on est sur un truc qui part en tête-à-queue dès le début du livre, ce qui était attendu. Mais faute d'identification ou à tout le moins d'intérêt pour le personnage principal, l'humour ne prend pas.

Difficile de dire grand-chose d'autre à mon sens. Quand on n’accroche pas, on n’aime pas... Et manifestement, on est relativement nombreux en ce sens.

Note

Un 08/20 pour ce livre.
Une lecture que j'oublierai très vite et que je ne conseille pas, même aux fans de l'humour british que l'on peut retrouver dans les Annales ou dans de Bons présages chez Pratchett, ou bien chez Douglas Adams (H2G2, un Cheval dans ma salle de bain).

En tout état de cause, ce n'est pas par là qu'il faut commencer à découvrir un auteur comme Terry Pratchett.


Le Testament d'involution - Le bâtard de Kosigan, tome 4 - de Fabien Cerutti

Couverture - Le Testament d'involution - Le bâtard de Kosigan, tome 4 - de Fabien Cerutti

Récit

Et si l’origine du plus grand lac de la région de Cologne avait un rapport avec une prophétie réalisée en 1341 ?
Et si cette même année, le chevalier de Kosigan avait réveillé des forces qui le dépassent ?
Et si le destin de sa postérité se jouait cinq siècles plus tard dans la cave voûtée d’un bistrot parisien ?
Et si les secrets révélés dans ce livre étaient dangereux ? Et qu’en les découvrant, vous deveniez complice…

Impression

Dernier tome de ce cycle (mais les événements laissent la place à la possibilité qu'un second cycle puisse suivre), ce livre clos la saga en prenant place directement après la fin du tome 3, où l'on retrouvait nos 2 Kosigan en de bien mauvaises postures.

La trame du livre se découpe donc toujours en 2 parties entremêlées, celle se passant fin XIXème et celle de son descendant au début du XXème siècle.

Kergaël de Kosigan (XXème)

Dans cette partie, nous trouvons enfin les explications de ce qui a pu se passer, et de comment cela c'est passé, pour que la magie disparaisse de notre vie.
Une partie intéressante en termes de background puisque pour le coup, on va, à tout le moins dans les grandes lignes, apprendre les tenants et aboutissants de la lutte de ceux qui prônent la magie, de ceux qui veulent la voir réduite au silence... À tout le moins pour les autres.

Le gros bémol toutefois, c'est que plusieurs éléments sont quand même plus qu'évidents, et du coup toute la partie d'enquête sur la fortune de Kergaël m'a semblé soit trop longue soit trop peu complexe.
En bref ça manque d'enjeux, même si on est plus que ravi de voir nos déductions se voir confirmer ou non.

L'ensemble garde toujours la force de sembler possible, à défaut de probable pour ce qui concerne l'intégration de la magie dans notre Histoire.

On notera par ailleurs que la fin de cette trame est particulièrement truculente. En tout cas, j'ai adoré comment l'auteur a su réintégrer l'ensemble du récit et des actions dans notre histoire actuelle, mine de rien, tout en subtilité.

Pierre Cordwain de Kosigan (XIVème)

De son côté Pierre Cordwain de Kosigan poursuit ses activités consistant principalement à intriguer avec tout le monde, remuer le tout et voir quels sont les marrons qu'il peut sortir du feu.
Comme d'habitude me direz-vous, certes, mais là on est vraiment au niveau supérieur : entre 3 à 4 partitions à jouer autour des mêmes éléments centraux, avec tout de même 2 points cruciaux à gérer, à savoir le devenir du monde d'une part (une paille comme on dit), et sans doute le plus important pour le Bâtard, son histoire à propos de sa mère et de ce qui tourne autour de ce qu'il est.
Les enjeux sont donc particulièrement enlevés, et les joueurs particulièrement retors. Le Bâtard a-t-il trouvé ses limites dans ce dernier tome ?
Une seule façon de le savoir : lire ce livre (oui je suis mesquin).

En tout état de cause, un joli final pour le Bâtard qui fait autant appel à la dextérité de son bras d'épée qu'à celle de sa langue.

Le seul bémol que je pourrai émettre, c'est une fin à base de beaucoup d'ellipses temporelles. C'est dommage car ça donne l'impression de vouloir clore le cycle, sans vouloir aller jusqu'au bout. En effet manifestement il y a beaucoup de matière encore à exploiter, et cette fin semble dire que peut-être que l'auteur en restera là avec ce monde... Ce qui est bien dommage à mon sens.
Après cela permet aussi de bien recoller les deux trames temporelles, mais on n'était pas non plus à un mystère non résolu prêt.

Côté personnages, on reste dans la suite directe du précédent tome, puisqu'il en est la continuation directe.
En somme, de Kosigan est égal à lui-même en termes de tortuosité, au point de risquer de perdre ses propres collaborateurs. Ses proches lieutenants conservent leur épaisseur et se révèlent plus ou moins décisif dans l'aventure. En tout état de cause, ils servent réellement.

Enfin, on conserve ce mélange de récit historique mêlée de magie et du pouvoir des contes et légendes. Toujours aussi plausible, d'autant plus avec le final de la trame du XXème siècle.
La qualité la plus importante de ce cycle à mon sens et qui a le mérite d'être constamment là, mise en lumière, mais sans empiéter sur l'histoire. Du grand art en somme.

Note

Un 16/20 pour ce livre, qui termine la saga de manière plus qu'honorable. Il est juste dommage que la trame du XXème me soit apparu si facile à deviner et cette façon de conclure pour la fin du XIVème ; même si clairement le final de cette trame temporelle est plus que classe.
Un joli final, même si je le trouve fondamentalement moins bon que les autres opus. Cela dit rien de bien dramatique... Et en espérant avoir l'occasion de lire les parties passées sous ellipses de notre bâtard à la langue pendue.

Série : Le Bâtard de Kosigan

  1. L'Ombre du pouvoir (chroniqué)
  2. Le Fou prend le roi (chroniqué)
  3. Le Marteau des sorcières (chroniqué)
  4. Le Testament d'involution (chroniqué)

Le Marteau des sorcières - Le bâtard de Kosigan, tome 3 - de Fabien Cerutti

Couverture - Le Marteau des sorcières - Le bâtard de Kosigan, tome 3 - de Fabien Cerutti

Récit

1341, sur les traces de son passé, le Bâtard de Kosigan et sa compagnie s’enfoncent dans les profondeurs de l’Empire germanique, d’un puissant seigneur du Rhin.
Les mystères s’épaississent, mêlant complots, magie et religion, sur fond de chasse aux sorcières. Le chevalier devra naviguer avec prudence sur des eaux redoutables où l’Inquisition rôde et où il est parfois difficile de distinguer amis et ennemis.

À quelques siècles d’intervalle, Kergaël de Kosigan tente d’élucider les interrogations soulevées par les écrits de son ancêtre. Mais remuer les secrets de l’Histoire s’avère périlleux et la vérité a toujours un prix.

Joutes verbales, combats épiques, séduction et manipulations ; on retrouve avec grand plaisir la fougue et le panache de la maison de Kosigan.

Impression

Troisième tome de cette série qui en compte 4, je vous préviens dès à présent : commencez en la lecture uniquement si vous avez le 4ème sous la main (ou peu s'en faut).
Autant les
tomes 1 et 2, tout en s'inscrivant pleinement dans une trame visant à découvrir l'histoire du Bâtard de Kosigan et de son héritier, relataient chacun une histoire qui se suffisait à elle-même, autant ce tome 3 finit sur un cliffhanger pour chacun des deux protagonistes. Et clairement le tome 4 n'est que la suite directe de ce tome 3. D'ailleurs le début du tome 4 ne s'en cache pas puisqu'il l'indique en toutes lettres :

Attention, cet ouvrage fait directement suite au tome 3 et ne devrait pas être lu indépendamment.
Ça a le mérite d'être clair et confirme mon impression qu'il s'agit plus de la première et seconde partie du tome 3 que des tomes 3 et 4 stricto sensu.
Vous êtes donc prévenus.

La trame du livre se découpe toujours en 2 parties entremêlées.

Kergaël de Kosigan

La première concerne le descendant du Bâtard et voit sa trame se passer fin XIXème - début XXème siècle.
Cette partie gagne enfin ses lettres de noblesse. Car même si les éléments sont relatés via des échanges épistolaires - ce qui est rarement source d'actions soutenues -, ils n'en gagnent pas moins en actions, rebondissements, et surtout l'on voit enfin poindre ce qui se cache derrière tout cela.
Le tout est raconté tel le déroulé d'une enquête scientifique, et plus cette dernière approche de la situation « actuelle » du Bâtard dans la seconde trame narrative, plus on a la certitude que tout n'a pas dû se dérouler aussi bien que de Kosigan le prévoyait.
D'autant plus que l'enquête moderne éclaire d'un autre point de vue les risques plus ou moins calculés que prend de Kosigan.
Un vrai plaisir que de voir émerger ce sentiment qu'on va enfin comprendre pourquoi de nos jours la magie n'est plus.

Pierre Cordwain de Kosigan

De son côté Pierre Cordwain de Kosigan (ledit Bâtard), raconte sa vie au XIVème siècle, et on quitte le sol de la France pour se diriger de l'autre côté du Rhin dans les jolies contrées du Saint Empire Germanique.
Mais cette fois-ci il va lui falloir jongler avec plusieurs marrons sur le feu, ou comment concilier objectifs personnels, son employeur local - raison officielle de sa venue - et les détentrices des réponses à ses questions - un cercle de sorcières dont la réputation laisse supposer qu'elles ne seront pas spécialement tendres avec lui... encore qu'avec le Bâtard, la tendresse peut prendre diverses formes -.

Encore une fois intrigues politiques, luttes de pouvoir sont à prévoir pour le plus grand bénéfice du Bâtard... s'il arrive à gérer tout cela.

Côté personnages, de Kosigan fait toujours montre de gouaille et d'astuce, mais encore plus que dans le second tome, on voir émerger ses proches lieutenants qui ne servent plus que de faire-valoir, mais gagnent en épaisseur et en importance.
On pourra regretter du coup un tome avec un humour moins marqué, mais l'échange est très équitable pour ce qui est de nous tenir en haleine.

Côté background, on retrouve comme univers ce mélange de récit historique mêlée de magie et du pouvoir des contes et légende. Ce mélange qui me fait dire « Et si c'était vrai ? Et si en fait c'était comme ça que cela c'était passé ? ».
Car sous la plume de Fabien Cerutti et son bagage d'enseignant en histoire, c'est un monde détaillé, tant dans les us et coutume de l'époque, que dans les jeux de pouvoirs que nous nous retrouvons, avec une couche de magie si bien ajustée qu'elle parait pouvoir faire complètement partie de notre vraie Histoire.

Au final actions rocambolesques, humour et traits d'esprit, trahisons et contre-trahisons se retrouvent de nouveau dans ce tome, même si l'objectif personnel du Bâtard tend à mâtiner tout cela d'un peu plus de sérieux dans sa quête... et lui laisse moins les coudées franches.

Note

Un 18/20 pour ce livre, qui dans la continuité du second tome s'améliore en donnant une atmosphère plus intime aux objectifs du récit côté XIVème ainsi qu'en accroissant la densité des personnages entourant le Bâtard.

De plus, l'histoire côté XIX-XXème gagne en actions et rebondissements, ce qui dynamise cette trame que je trouvais par trop présente au regard de ce qu'elle apportait dans les précédents tomes, et qui ici ne se retrouve à la traîne que parce que la gouaille de de Kosigan n'a pas son pareil.

Je lirai rapidement la suite, parce que, s'arrêter ainsi au 3ème tome doit être une torture pour ceux qui n'ont pas la chance d'avoir le 4ème tome sous le coude.

Série : Le Bâtard de Kosigan

  1. L'Ombre du pouvoir (chroniqué)
  2. Le Fou prend le roi (chroniqué)
  3. Le Marteau des sorcières (chroniqué)
  4. Le Testament d'involution (chroniqué)

Les Jardins de la Lune - Le Livre des Martyrs T01 de Steven Erikson

Couverture livre - critique littéraire - Les jardins de la Lune, tome 1 du Livre des Martyrs de Steven Erikson

Récit

Saigné à blanc par des luttes intestines, d'interminables guerres et plusieurs confrontations sanglantes avec le seigneur Anomander Rake et ses Tistes Andii, le tentaculaire Empire malazéen frémit de mécontentement. Les légions impériales elles-mêmes aspirent à un peu de répit.

Pour le sergent Mésangeai et ses Brûleurs de Ponts, ainsi que pour Loquevoile, seule mage survivante de la 2ème armée, les contrecoups du siège de Pale auraient dû représenter un temps de deuil. Mais Darujhistan, la dernière des Villes libres de Genabackis, tient encore et toujours bon et l'ambition de l'Impératrice Laseen ne connaît aucune limite.

Cependant, il semble que l'Empire ne soit pas la seule puissance impliquée. De sinistres forces sont à l’œuvre dans l'ombre, tandis que les dieux eux-mêmes se préparent à abattre leurs cartes...

Autour du livre (ou l'introduction à ma critique)

Avis de non objectivité

Il s'agit de ma quatrième lecture de ce tome, donc autant annoncer la couleur de suite : ce livre, c'est de la bombe. Achetez-le, lisez-le, vivez-le ! Faites vous happer par ce récit plein de magie et de fureur.
Un poil excessif ? Que nenni. Mais au moins, maintenant, vous savez que cette chronique sera totalement partiale, ne serait-ce que parce que ça fait un peu plus de 10 ans que j'attends la traduction des autres tomes de la saga (le troisième devrait arrivé pour mai 2019... Youpi !).
Par ailleurs il s'agit de ma série de Fantasy préférée, parmi toutes celles que j'ai eu l'occasion de découvrir jusqu'à ce jour. Le décor est donc planté, place à l'action.

Historique (et futur) de la saga en France

Le Livre des Martyrs, anciennement dénommé Le Livre malazéen des glorieux Défunts est un best-seller outre-Atlantique, traduit dans 21 langues qui plus est. Les deux premiers tomes ont subis respectivement deux et une éditions en français mais réalisées par des éditeurs « généralistes » qui n'ont manifestement pas su (voulu ?) communiquer sur leurs parutions.
Au final, seuls les 2 premiers tomes ont été traduits en français, et aucune parution des tomes suivants n'était prévue.

Pis, le double échec éditorial, malgré le peu de publicité faite alors, ainsi sans doute le fait qu'il s'agisse d'une décalogie ont rendu le projet trop incertain pour l'ensemble des éditeur spécialisés en fantasy ces 10 dernières années (enfin c'est ce qu'elles répondaient quand on les harcelait pour relever le flambeau).
Jusqu'à dernièrement en tout cas car les éditions Léha, peut-être parce que toute jeune et ayant donc un nom à se faire, relèvent le défi et s'apprêtent à publier les 10 tomes de l'arc principal de Steven Erikson.

Les éditions Léha ont donc pour objectif de (re)traduire les 10 romans, à hauteur d'un tous les 6 mois (avec 2 traducteurs se relayant d'un tome à l'autre). Un rythme intense mais qui a le mérite de pouvoir coller les lecteurs à la sortie des différents tomes, sans sortir de leur tête. Un vrai plus à mon avis.
Peut-être qu'on pourra même avoir les autres romans de l'univers plus tard
(cf. en fin de chronique pour le détail des parutions dans l'univers), on peut toujours espérer, surtout si le succès de vente pour ce premier tome se confirme sur les tomes ultérieurs.

Étude comparative

Ayant lu les 3 éditions de ce premier tome, voici les quelques différences que j'ai pu voir.
Vous pouvez sauter directement au point suivant qui parlera de la critique proprement dite, cela dit, quitte à avoir lu les 3 éditions, autant vous conforter dans l'idée d'acheter la nouvelle, quelques arguments à l'appui.

Traduction

Comparativement aux 2 anciennes éditions, la traduction a été totalement reprise, avec des choix de traduction totalement différent. N'étant nullement qualifié pour disséquer les choix de traductions, tant d'un point de vue style en français que d'un point de vue traduction depuis l'anglais, je ne peux que dire que cela change la saveur de certains passages.

Parfois en mieux, la traduction des sobriquets qui servent de nom dans l'armée malazéenne donne une saveur particulière - notamment en cherchant à comprendre d'où ils peuvent venir / ce qu'ils peuvent signifier / ce qu'ils disent sur le personnage.

Parfois en moins bien, la traduction de la manifestation de la magie (warren en anglais) de labyrinthe (ancienne édition) à garenne (nouvelle édition) m'a semblé bien moins visuelle et moins adaptée. Peut-être est-ce plus proche du vrai sens que voulait donner Steven Erikson (la traduction étant faite par 2 passionnés de la saga), mais ça me semble moins parlant sur les 2 premiers tomes existant.

Dans tous les cas, les nouveaux choix de traduction ne m'ont pas spécialement gêné, sauf pour les noms des personnages, où j'ai du faire le recollement entre qui est qui par rapport aux anciennes éditions (enfin gêné est un bien grand mot).

Coquilles

Je ne suis clairement pas à la recherche d'icelles lors de mes lectures, mais la première édition en avait et la seconde édition en était truffée. Au point que j'ai revendu ma seconde édition immédiatement après lecture, la première étant clairement plus digeste.
Sur ce point, cette nouvelle édition n'en n'est pas exsangue, mais dans une très large moindre mesure. Ça fait plaisir de voir un traitement du texte plus en phase avec la qualité de l'écrit.

Au fil de la lecture

Un dernier point, et non des moindres, c'est la présentation des éléments dans le livre. Si le chapitrage et les extraits de textes obscurs, qui ne trouvent lien avec le chapitre qu'ils introduisent qu'à la fin de la lecture de ce dernier, sont similaires pour l'ensemble des éditions, il est un élément qui parait bête, simple, c'est les séparations mises en place lorsque, au sein d'un même chapitre, on change d'acteur, de lieu ou de temps.

Croyez-le ou non, mais dans les anciennes éditions, rien ne séparait physiquement ces changements si ce n'est un saut de paragraphe. Au lecteur de prêter attention et de resituer les éléments lors de leur lecture.
Dans la nouvelle édition, ces changements sont signalés par une triple astérisque. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais lors de cette lecture, j'ai été étonné de sentir que je trouvais cette dernière plus simple, plus fluide que lors de mes précédentes lectures (et comme ça doit faire environ 10 ans que je ne l'avais pas relu, ce n'étaient pas liés aux souvenirs... Enfin pas plus que lors des précédentes relectures).
Et ce n'est qu'en remarquant ce point, que je me suis souvenu que J.-Ph. Mocci (fondateur des éditions Léha) m'avait fait remarqué ce point.
Et donc oui, le simple fait de marquer ces changements rend beaucoup plus fluide la lecture et décharge le cerveau de ce qu'il a à traiter dans le cadre de la lecture. Et ça c'est quand même plus que bien vu l'univers et l'histoire en présence.
Suite à demande, vous pouvez voir une retranscription d'un passage dans la 1ère et 3ème édition pour vous faire une idée plus concrète (garanti sans spoil).

Bref, à choisir, prenez cette nouvelle édition qui est meilleur sur bien des points - sans vouloir entrer dans le débat du choix de traduction de différents termes (oui parce-que Violain, c'est sympa, mais je préférai Crincrin... Ah oui, j'avais dis que je ne rentrai pas dans le débat).

Impression

Après ces digressions, parlons du livre, et pour commencer de sa couverture.
L'illustrateur a fait un boulot exceptionnel, retranscrivant parfaitement l'atmosphère associée à la scène en question (le siège de Pale, vous verrez, vous y arrivez rapidement).
Y ressentez vous l'oppression du conflit, le gigantisme ? Et bien gardez cela en tête car ce livre n'est que gigantisme (je vous ai dit que je ne serai pas objectif).
Par ailleurs, je vous laisse vous faire une idée sur quelle est la couverture la plus belle entre les 3 éditions françaises :
Couverture livre - critique littéraire - Les jardins de la Lune, tome 1 du Livre des Martyrs de Steven Erikson - 1ère édition Couverture livre - critique littéraire - Les jardins de la Lune, tome 1 du Livre des Martyrs de Steven Erikson - 2ème édition Couverture livre - critique littéraire - Les jardins de la Lune, tome 1 du Livre des Martyrs de Steven Erikson - 3ème édition

Je parlais donc de gigantisme...

Personnages

Gigantisme pour commencer par le nombre de protagonistes « importants » entrant en jeu. Par important, il faut comprendre qui ont une réelle influence sur l'histoire.

  • L'Empire malazéen en premier lieu, envahisseur cherchant à conquérir le continent.
  • Les locaux qui cherchent à résister à l'Empire.
  • Les Tiistes Andiis et Sangdelune, la jolie lune flottante que vous pouvez apercevoir sur la couverture.
  • Mais aussi des dieux (oui au pluriel) qui veulent intervenir directement ou par le truchement de « représentant » plus ou moins volontaires.
  • Et d'autres encore, mais je vous en laisse la surprise.

Anomander Rake

Bref, une véritable palette de personnages importants. Ça peut constituer une difficulté, mais chaque personnage possède bien sa vie propre, ses qualités et défauts, sa manière d'être.
Par ailleurs, il est à noter en fin de livre un lexique / guide des factions qui pourra rapidement resituer certains personnages en cas de besoin.
D'ailleurs, ne vous attendez pas à découvrir un héros en devenir, dont une quête l'attend pour éveiller ce quelque chose d’exceptionnel qu'il a en lui. On y croise de jeunes innocents en devenir certes. Mais aussi et surtout des vieux briscards brisés par la vie, des hommes et femmes au sommet de leur art, et possesseurs de doses de cynisme assez jouissives.

Gigantisme dans le traitement des puissances en jeu.
« Le pouvoir appelle le pouvoir » est un des credos mis en application dans ce livre. Et chose remarquable, les plus puissants présents ne sont jamais sans équivalents en terme de puissance. Enfin en terme de puissance brute peut-être, mais comme tout est affaire de circonstances... Nous n'assistons donc pas à l'arrivée d'un deus ex machina, alors que pourtant, des dieux entrent dans l'arène... et n'en sortent pas nécessairement indemne. C'est un des points que j'ai particulièrement apprécié. Si l'on cherche à s'impliquer, on prend des risques dans ce monde. Cet adage s'applique aux plus faibles comme aux plus puissants.

Scénario

Gigantisme aussi, vis à vis du traitement de l'histoire.
Des histoires dans les histoires. Des intrigues politiques qui s’emmêlent les unes aux autres, des stratégies à tiroirs, des allégeances changeantes, les traîtrises qui jaillissent pour retomber en laissant un goût de suspens sur comment l'ensemble de l’œuvre va en être affecté.
Quel amusement, quel plaisir que de voir un détail précédemment remarqué prendre forme ? Que tel autre, passé dans l'oubli, ressort nous imposant un retournement de situation puissant comme un 33 tonnes sans freins, et qui pourtant, a toujours été là, en filigrane, en arrière plan...
Bref, une histoire pleine de faux-semblant, pleine de plans qui ne survivent pas à l'engagement et pleine de rebondissements à vous faire de multiples entorses au cerveau.
Amateurs d'intrigues, vous serez servis.

Carte du continent Genabackis

Univers

Gigantisme enfin question univers, on l'on est encore bien servi (ou à tout le moins on peut facilement présumer de la portée gigantesque de celui-ci sur la base de certains prémisses exposés).
Mais autant avertir, on entre en direct dans le monde. Je suis adepte du procédé, mais ici personne ne va vous tenir la main pour découvrir l'univers. Pas d'inquiétude, on le découvre au fur et à mesure, en partant sur la base d'un monde médiéval fantasy classique, on n'est pas spécialement dépaysé. Puis les actions des différents personnages nous font découvrir le monde, ses spécificités, les forces en présence.

Enfin on goûte au système de magie de cet univers, les fameuses garennes. À la fois totalement intégrées dans l'univers, faisant directement parti de la réalité tout en y étant pas. Source de la magie personnelle des mages et sorciers (qui ouvrent une porte vers la garenne et mettent en forme l'énergie magique qui en sourd) mais aussi domaine d’existence que l'on peut parcourir et traverser.
Évidemment plusieurs types de garennes existent, fournissant des pouvoirs associés à son domaine même si l'ensemble reste mystérieux à souhait, vu qu'on ne tombe pas sur un cours de magie magistral (on est plutôt sur le genre « travaux pratiques »).
Ainsi plusieurs grands types de garennes émergent :

  • Les garennes dites récentes, correspondant principalement aux garennes que peuvent utiliser les humains. Ainsi par exemple, la garenne Denul associée au domaine de la guérison est la garenne utilisée par les mages guérisseurs. Les plus fréquentes sont précisées dans l'annexe, mais une chose est sure, le nom de la garenne n'est pas une grande aide pour mémoriser le domaine auquel elle est associée. Par ailleurs, certains domaines peuvent être assez proches (ténèbre et ombre par exemple) même si les différences sont dans les faits significatives.
    La plupart des mages ne peuvent s'ouvrir qu'à une seule garenne, rarement plus de deux. Cela dit, le nombre de garenne accessible à un mage ne préfigure pas de sa puissance. En effet la maîtrise complète d'une garenne (traduit par le rang de haut-mage chez les malazéens) surpasse en puissance le fait de pouvoir accéder à plusieurs garennes. Ces derniers sont juste plus versatiles du fait de l'accès à plusieurs domaines de sort différent. Ainsi par exemple le Haut-Mage Tayschrenn maîtrise les garennes Thyr (domaine de la lumière) et Telas (domaine du feu).
  • Les garennes anciennes. Elles sont associées à une ancienne race et, sauf exception, seuls un membre de cette race peut utiliser la garenne associée. A contrario les membres de ces races semblent ne pouvoir utiliser que la garenne qui est associée à la leur.
  • La garenne du chaos, dite garenne remplissant le vide entre les autres garennes. Sans domaine affiliée et donc capable du pire (parce que pour le meilleur, dans cette saga, vous repasserez).
  • Les garennes ne fournissant pas spécifiquement de magie : utilisées pour les propriétés de la garenne elle-même. Ainsi on croisera la garenne de l'Empire malazéen qui lui sert à parcourir de grandes distances en peu de temps ou bien celle d'Aral Gamelon, garenne des démons qui est utilisée pour faire venir certains de leurs habitants parmi les nôtres (et je vous laisse imaginer la fête qui va avec) en passant des contrats avec eux.

Et le reste...

Humm, que vous dire de plus, oui, je classe ce livre en Dark-Fantasy, tant l'univers est sombre pour beaucoup des personnages et tant chaque chose a un coût souvent loin d'être modéré.

Ah oui, il était d'usage de dire que ce tome est difficile d'accès. Flamboyant ou que sais-je encore mais difficile. C'est moins le cas.
Évidemment, les intrigues vous demanderont de la concentration tant un élément mentionné 150 pages plus tôt peut être un indice important qui vous fera dire « mais bien sûr, pourquoi je ne l'ai pas vu venir ».
Évidemment, il faut savoir jongler avec le nombre de personnages et les intrigues qui les relient entre eux.
Mais pourtant ce n'est clairement pas l'un des livres les plus exigeants que j'ai pu lire. Et l'une des raisons qui fait que ce qui se disait sur ce point est à mon sens caduque, c'est la séparation des changements de points de vue / de personnages évoqués plus haut. Un changement de peu mais qui rend l'ensemble beaucoup plus lisible et structuré. Et ça se sent énormément (cf. un exemple retranscrit ici - garanti sans spoil).

Note

Un 20/20 pour ce tome.
Fan de cette saga, et de ce tome en particulier, vous ne vous offusquerez pas de cette note, surtout au regard du fait que j'aime les livres présentant des intrigues complexes.
Ici un nouvel univers vous tend les bras. Complexe, riche, et ô combien bien construit. Pénétrez avec moi dans ce superbe univers ! Laissez-vous tenter, vous ne serez pas déçu.

Série : Le cycle malazéen

Le livre des Martyrs

  1. Les Jardins de la Lune (avis)
  2. Les Portes de la Maison des morts (déjà lu)
  3. Les Souvenirs de la glace (prévu 2019)
  4. La Maison des chaînes (prévu 2019)
  5. Les Marées de minuit (prévu 2020)
  6. Les Osseleurs (prévu 2020)
  7. Le Souffle du Moissonneur (prévu 2021)
  8. La Rançon des Molosses (prévu 2021)
  9. Poussières de rêves (prévu 2022)
  10. Le Dieu estropié (prévu 2022)

Novels of the Malazan Empire

  1. [Night of Knives (non traduit)]
  2. [Return of the Crimson Guard (non traduit)]
  3. [Stonewielder (non traduit)]
  4. [Orb, Sceptre, Throne (non traduit)]
  5. [Blood and Bone (non traduit)]
  6. [Assail (non traduit)]

Path to Ascendancy

  1. [Dancer's Lament (non traduit)]
  2. [Deadhouse Landing (non traduit)]
  3. [Kellanved’s Reach (non traduit)]

The Kharkanas Trilogy

  1. [Forge of Darkness (non traduit)]
  2. [Fall of Light (non traduit)]
  3. [Walk in Shadow (en cours d'écriture)]

The Toblakai Trilogy

  1. [The God is Not Willing (en cours d'écriture)]

Tales of Bauchelain and Korbal Broach

  1. [Blood Follows (non traduit)]
  2. [The Healthy Dead (non traduit)]
  3. [The Lees of Laughter's End (non traduit)]
  4. [Crack’d Pot Trail (non traduit)]
  5. [The Wurms of Blearmouth (non traduit)]
  6. [The Fiends of Nightmaria (non traduit)]